Ce lundi 4 août 2025, l’éducateur Mohamed Bachir Lounis fêtera son centième anniversaire, couronnant une vie dédiée à l’enseignement et marquée par un parcours aussi dense qu’inspirant. À Jijel, on l’appelle affectueusement Da Bachir. Il y est né en août 1925. Dans un témoignage filmé par «La voix de Jijel», Da Bachir évoque avec émotion les années 30 de la Médersat El Hayat, avant même la construction de l’école.
Le président de l’association, dira-t-il, était alors Messaoud Khellaf, père de Mohamed Khellaf, directeur sportif de l’équipe de la JSD. Il se souvient avoir été l’élève du cheikh Mohamed Tahar Sahli, revenu de l’école de la Zitouna. Encore enfant, il assista même à la pose de la première pierre de la Médersat El Hayat par le Cheikh Abdelhamid Benbadis en 1939, soit six années après la création de l’association Médersat El Hayat.
Il raconte avoir passé son examen de sixième à Blida, puis poursuivi sa scolarité à Médéa, en 1939, sous l’enseignement du professeur Bencheneb, érudit et spécialiste du français et du grec ancien. Il sera ensuite pensionnaire à Sétif, notamment aux côtés de Belaïd Abdesselam. Durant la Seconde Guerre mondiale, le lycée sera réquisitionné par les forces alliées, forçant les élèves à quitter les lieux. Le 8 mai 1945, il assiste à la célèbre marche de Sétif, point de bascule dans la conscience nationale.
Plus tard, il devient maître d’internat à Annaba pendant deux ans, puis rejoint Alger. En 1951, il s’envole pour Montpellier, en France, où il prépare une licence en PCB (physique, chimie, biologie). À son retour en Algérie, il rejoint l’enseignement, d’abord à Béni Foughal (au sud d’El Aouana), puis en 1958 à Béni Caïd, au sud-ouest de Jijel, où il s’installe également. Il qualifie cette période de «plus dure année de la Révolution», son frère aîné étant alors actif dans le maquis voisin. Il se rappelle : «Les Français ne nous aimaient pas.»
Un jour, narrera-t-il, un officier est arrivé à bord d’une Jeep près de l’école alors qu’il s’occupait de plantes près de la maison. L’officier le questionna sur les fellagas, ce qui à quoi il répondit qu’ils sont plus loin dans la montagne, alors que son frère et ses compagnons d’armes se trouvaient dans la maison. Il évoque son arrestation avec la complicité de Sieber, directeur du collège, avec son cousin Abdellah. Emmené à la caserne de Jijel, il y voit Ziadi Farah, torturé par le sergent Robert, la tête couverte de pansements. Tous deux seront transférés dans des geôles en sous-sol, où il passera quinze jours.
Un jour, raconte-t-il, les gardiens viennent chercher le prisonnier Tebibel. Alors qu’il s’apprête à monter un escalier, il est abattu d’une rafale de mitraillette. Après l’indépendance, Da Bachir reprend sa vocation de pédagogue en tant que professeur de l’enseignement moyen et directeur, notamment à Constantine, poursuivant sa carrière jusqu’à sa retraite en 1986.
Par : Fodil S.









