Dans le ksar Abboud, une initiative communautaire redonne vie à une ancienne foggara tarie, symbole d’ingéniosité saharienne et pilier du patrimoine oasien.
Sous le soleil implacable de la région de Timimoun, au cœur du ksar Abboud, une poignée de jeunes bénévoles s’est lancée dans une aventure aussi rude que symbolique : faire revivre la foggara « Edhakira ». Tarie depuis plusieurs années, cette galerie souterraine d’irrigation, véritable chef-d’œuvre d’ingénierie saharienne, avait cessé d’abreuver les palmeraies environnantes, mettant en péril un fragile écosystème oasien et des générations d’agriculture vivrière.
Face à ce constat, une mobilisation collective a vu le jour. Menée dans l’esprit de la « Touiza », l’action a rassemblé des habitants du ksar autour d’un projet porteur d’espoir : réhabiliter l’ouvrage creusé autrefois par leurs ancêtres pour irriguer les terres arides du Gourara. À l’initiative de l’association locale de la foggara « Edhakira », présidée par Ahmed Abdelouafi, les jeunes ont retroussé leurs manches pour libérer les conduits obstrués, offrant à nouveau un passage aux eaux souterraines.
« C’est un patrimoine en danger, un symbole de l’intelligence hydrique saharienne que nous ne pouvions pas laisser mourir », insiste Ahmed Abdelouafi. Ce sont des siècles de savoir-faire que les bénévoles ont voulu préserver, alors que les sécheresses répétées et le désintérêt croissant pour ces systèmes traditionnels les menacent.
Conscients de l’importance écologique et identitaire de la foggara, les membres de l’association ont réuni les agriculteurs locaux, durement touchés par l’assèchement du réseau. Tous se sont accordés sur une priorité : restaurer l’irrigation collective.
Un exemple de travail communautaire
Durant plusieurs jours, le ksar a vibré au rythme de la solidarité. Jeunes et anciens ont uni leurs forces dans une ambiance de travail communautaire. Les hommes s’activaient sous terre à dégager les galeries, pendant que les femmes assuraient la logistique, notamment les repas pour les dizaines de volontaires engagés.
La commune d’Ougrout a soutenu cette dynamique populaire en mettant à disposition des équipements pour faciliter les opérations. Le président de l’Assemblée populaire communale, Daoud Bouguemma, a salué une initiative exemplaire, « modèle de préservation du patrimoine et de développement durable ».
Après une semaine de labeur, la récompense a jailli dans le silence du ksar : l’eau a recommencé à couler. Faible mais continue, elle a suffi à ranimer l’espoir, permettre aux bassins de se remplir, et aux palmiers de reprendre vie.
Plus qu’un geste technique, c’est une identité collective qui s’est ravivée. La foggara n’est pas un simple vestige : elle est, encore aujourd’hui, une promesse de résilience.
Par : R.C









