À quelques encablures à peine du cœur palpitant de la wilaya de Biskra, la commune d’El Outaya, forte d’une population dépassant les 28 000 habitants, donne l’image d’un territoire figé, abandonné sur les marges d’un développement qui ne l’a jamais réellement effleuré. Malgré la richesse de son passé et la promesse de ses terres fertiles, El Outaya ne compte aujourd’hui que quatre écoles primaires, un seul CEM et un unique lycée pour une population dispersée entre plusieurs zones rurales éclatées, renforçant encore son isolement. Le tableau est sombre, révélateur d’un profond oubli institutionnel.
Autrefois perçue comme un carrefour agricole d’importance, véritable grenier nourricier durant la période coloniale, la commune brillait par la qualité exceptionnelle de son blé et l’abondance de ses récoltes. Mais aujourd’hui, ce glorieux héritage agricole se heurte à une réalité des plus austères. Les terres, pourtant toujours aussi généreuses, gisent en friche, faute d’un accompagnement digne de ce nom et d’une vision stratégique ambitieuse. Le potentiel reste inexploité, prisonnier d’une léthargie administrative qui semble avoir étouffé toute velléité de développement.
La détresse urbaine s’ajoute à ce constat accablant. En l’absence d’infrastructures modernes, de services publics efficaces et d’équipements collectifs de base, la vie quotidienne des habitants d’El Outaya devient un exercice de résilience. Le tissu urbain, en déliquescence, n’offre ni perspectives pour les jeunes, ni cadre de vie décent pour les familles. Pire encore, l’exode massif de la jeunesse vers des horizons plus cléments vide peu à peu la commune de ses forces vives, accentuant son repli et sa dégradation continue.
Pourtant, tout n’est pas perdu. El Outaya demeure une terre d’élevage et de culture, ancrée dans une tradition agropastorale séculaire. Les résultats d’une enquête menée en 2019 auprès d’éleveurs locaux révèlent la présence d’un cheptel considérable, géré selon des systèmes diversifiés – sédentaire, semi-sédentaire et transhumant. Ces éleveurs, véritables gardiens de la ruralité, associent leur activité ovine à la culture du palmier-dattier, de l’arboriculture fruitière et surtout de l’orge, utilisée comme source principale de fourrage. Ce modèle agro-écologique, s’il est soutenu et modernisé, pourrait constituer un levier puissant pour une relance économique durable.
Mais cette dynamique est entravée par de multiples obstacles : maladies animales récurrentes comme la clavelée et la brucellose, raréfaction des parcours due à l’extension anarchique des périmètres irrigués, sécheresses récurrentes exacerbées par les bouleversements climatiques. Autant de défis qui appellent des réponses coordonnées et des politiques publiques adaptées à la spécificité de ce territoire à fort potentiel.
Il devient donc impératif d’engager des concertations sérieuses entre les différents acteurs – administrations, agriculteurs, chercheurs, collectivités locales – pour concevoir ensemble des solutions structurelles. L’appui à la recherche sur les innovations paysannes, les stratégies d’adaptation aux aléas climatiques, et la gestion raisonnée des ressources pourrait insuffler un nouveau souffle à cette commune que l’on croyait à bout de souffle.
En somme, El Outaya ne demande qu’à revivre. Il suffirait d’un regard attentif, d’un projet structurant, d’une volonté politique réelle pour que cette commune, trop longtemps reléguée, reprenne enfin la place qui lui revient. Une place faite de reconnaissance, de progrès, et d’espoir retrouvé.
Par : N.BENSALAH











