
A l’exception des autres mois de l’année, le mois de Mars est compté, voire considéré, le mois des martyrs. Grine Belgacem, l’un des glorieux révolutionnaires, a mené avec courage et témérité son combat dans les montagnes de Kimmel en terrorisant l’ennemi par ses attaques à répétition contre les forces d’occupation. D’ailleurs, c’est ce qui lui a valu l’image (la réputation) de sa résistance, le qualifiant avec ses compagnons de guerre pour ainsi dire, «Les hors-la-loi.
De son vrai nom, Grine Belgacem naquit le 27 mai 1927 dans la commune de Kimmel, située dans les Aurès, au sein d’une famille pauvre. Il poursuivra ses études en Tunisie en 1939 et revint une année plus tard dans son village natal comme certains chefs de la révolution, notamment Hadj Lakhdar et autres, dont les noms sont historiquement gravés dans les mémoires.
Vers les années 1950, Grine Belgacem, avec son caractère rebelle et surtout révolté, renia le service national militaire obligatoire au sein de l’armée française, qui le déclara hors-la-loi depuis 1950. Il constitua un groupe de lutte armé qui, comme lui voulait se débarrasser de la tutelle coloniale. Grine Belkacem, à la tête d’un groupe d’une vingtaine d’hommes, recruta les plus mauvais garçons de toute la région voire même du pays, selon un ancien témoignage vivant.
Ce hors-la-loi, de réputation, s’était mis à lancer des attaques de part et d’autres dans toute la région de Kimmel. Ces opérations d’attaques surprises avec ardeur et sans répit, terrorisaient les indus-occupants au point de vouloir en finir avec lui. Les autorités françaises lancèrent à l’époque une rançon de 100 millions (anciens francs) pour sa capture mort ou vif.
De 1950 à 1951, le glorieux Grine Belkacem, qualifié de par sa renommée de Hors-la-loi, poursuivit ses opérations en faisant subir à l’armée coloniale française de multiples défaites qui se succédaient l’une après l’autre jusqu’au fameux jour «J», c’est-à-dire le 17e jour après le déclenchement de la guerre du 1er novembre 1954, qui obligea les forces de l’armée coloniale française à mener des opérations très vastes de recherches sur les étendus monts et les sommets des djebels des Aurès.
Ces opérations de recherche manifestées et acharnées contre Grine Belkacem et son groupe commencèrent à inquiéter le pentagone français. Des BRQ ainsi les journaux, cités en exemple la Dépêche et autres, ne cessèrent de dévoiler, presque chaque jour, les attaques de l’insaisissable Grine Belkacem, dont le signalement de l’homme à la petite taille de 1,64 m, cheveux noirs et aux yeux bleus. La photo et son signalement furent affichés dans tous les postes de la police et de la gendarmerie française de l’époque, soucieuses et furieuses, après plusieurs combats et attaques surprises contre l’ennemi français.
Vint alors le jour le plus long de l’accrochage de l’histoire de la rébellion algérienne, par un temps glacial d’un 29 novembre de l’année 1954, qui eut lieu dans le sommet de la montagne entre les maquisards et le 1er bataillon du 18e RCP, aux ordres du commandant Graal, sous les instruction du colonel qu’on appelait «Le Ducournau». Cependant, la version de l’histoire racontée à l’époque par l’un de ses proches, un compagnon d’armes (un ancien témoignage vivant), indiqua qu’une patrouille de parachutistes déboucha dans les gorges hostiles de l’oued R’Dam, une fois qu’ils apprirent la concentration de rebelles, faisant mouvement vers le Sud, signalé la veille au colonel Ducournau. Le 1er bataillon du 18e R.C.P, aux ordres du commandant Graal, reçut pour mission de ratisser le djebel. Selon le même témoignage vivant, il raconta ces mésaventures de cette journée inoubliable et à la fois triste qui, pardessus tout, restera gravée dans toutes les mémoires de tous les Algériens.
Selon la dernière version racontée par l’un de ses proches compagnons de lutte, soulignant qu’en cette matinée du 29 novembre 1954, il était 10h35, lorsque soudain, l’aboiement bref d’un mauser retentit. Immédiatement suivirent d’autres coups de feu, déchirant, sous le ciel limpide, le silence séculaire de la montagne.
La salve fut meurtrière. Le sous-lieutenant Marquet, blessé à une épaule, s’effondra. Le caporal-chef Du Bourdieu, deux séjours en Indochine, trois enfants, s’élança à son secours. Il fut tué d’une balle en pleine tête. Touché dans le dos, le parachutiste Colin tomba également. Les paras, coincés dans les anfractuosités de l’oued, fixèrent le tir ennemi. Ils étaient allongés dans l’eau glacée qui coulait entre les rochers et se teintait rapidement du sang de leurs camarades tombés plus haut.
Grine Belgacemi et ses hommes trouvèrent refuge dans des grottes qui transformaient les parois de la vallée en un énorme fromage de gruyère. Se croyant découverts, ils firent feu de toutes parts. La réaction des forces de l’ordre fut vive. Sous la protection d’un tir d’artillerie, les deux autres compagnies entreprenaient de dégager l’unité accrochée. Manœuvre audacieuse et difficile qui voyait les parachutistes descendre des crêtes vers les grottes à l’aide de cordes.
Au pistolet mitrailleur, à la grenade, ils délogeaient un à un les rebelles de leurs invraisemblables cachettes. Armé d’un mauser, Grine tomba le dernier. Il était vêtu d’un uniforme américain et portait deux étoiles sur son épaule droite. La nuit était déjà là quand le massif retrouva son calme. Pas un hors-la-loi n’a pu s’en échapper. On comptait 23 cadavres, tous plus ou moins affublés de frusques militaires. À l’exception d’un seul, sur lequel les paras avaient découvert un billet de passage, au nom de la ville d’Oran, en date du 6 novembre.
On apprendra plus tard que cet homme, était un ouvrier de la région parisienne, connu pour ses idées nationalistes. Ses fonctions de commissaire politique auprès de Grine le bandit ne faisait aucun doute. Les paras se souviennent, après coup, que des youyous de femmes avaient retenti à leur approche. Ils investissaient les mechtas environnantes, mais ils ne trouvèrent que des enfants et des vieilles apeurées. Tous les hommes avaient fui dès les premiers coups de feu.
Transporté à Arris, le cadavre de Grine Belkacem fut identifié par des membres de sa famille. Les autres corps ont été abandonnés sur le terrain. L’ALN. venait de subir la première défaite d’une guerre qui, tout de même, dura plus de sept ans.
Le courageux Grine Belkacem, et ses 23 compagnons de lutte contre cette maudite guerre, ont été tous massacrés et anéantis ce jour-là par les parachutistes du 18e RCP, commandés par le colonel Ducournau, après un rude combat qui avait duré un peu plus de dix heures, faisant 150 morts et plusieurs blessés parmi les soldats de l’ennemi adverse, apprend-on auprès d’un ancien témoignage vivant.
Par : Benyahia Abdelmadjid









