En habitué du festival, Kheireddine Lardjam, pour cette édition 2023, adapte et met en scène le roman de Julien Salé, dans lequel il dénonce les torts de la société de consommation.
La pièce dénonce sans concession le cynisme des grandes entreprises autant que la complaisance de l’état. Plus qu’un témoignage, un réquisitoire générationnel contre la dérive « uberisante » de notre société. Un récit incarné et décapant, irrigué par une réflexion sur la modernité, les dérives du confort, la facilité du tout, tout de suite, ici et pas cher. Mais à quel prix. C’est à travers les témoignages de livreurs Uber eats, Deliveroo ou encore Just eat qu’est construit le récit, dénonçant leurs conditions de travail. Le décor est assez simple et repose sur les jeux de lumière. En plus du micro se trouvant en avant-scène, un vélo est calé sur des supports au milieu de la pièce. Au début, l’homme parle avec engouement, et est pris d’une joie immense à l’idée de débuter ce nouveau métier. Et puis au fil du temps, le ton change, et les sentiments qu’il dégage aussi. Rapidement, la confrontation avec la réalité démotive notre personnage qui assiste au dur quotidien des livreurs, et doit revoir ses estimations à la baisse en voyant le peu d’argent qu’il gagne.
Le théâtre de Kheireddine Lardjam est nourri de ses allers-retours entre France et Algérie. Depuis la création de sa compagnie El Ajouad (les Généreux) en 1998 à Oran – qu’il quitte peu de temps après pour s’installer en France, au Creusot –, il monte de nombreuses pièces d’auteurs algériens. Après cinq mises en scène de textes d’Abdelkader Alloula, dramaturge assassiné en 1994 en Algérie par les islamistes et considéré comme un pilier du théâtre contemporain algérien, il s’intéresse aux auteurs d’aujourd’hui, à ceux qui creusent l’Histoire de l’Algérie. Regrettant leur peu voire leur absence de visibilité en France, il porte au plateau plusieurs textes de l’auteur algérien Mustapha Benfodil, qui interrogent les traces laissées par la guerre d’Algérie (Les Borgnes), les immolations par le feu dans ce même pays ou encore l’insurrection populaire du « Hirak ». Il adapte aussi le récit Désintégration d’Ahmed Djouder, où la génération dite « issue de l’immigration » prend la parole, où elle dit ses tiraillements, ses douleurs.
Par : R.C











