Le tribunal de Dar El Beïda a vibré, hier, au rythme d’un procès hors norme. Au cœur du scandale : un réseau de hauts fonctionnaires et d’opérateurs privés qui manipulaient les licences d’importation. Face à la gravité des faits, le procureur de la République a requis de lourdes peines de prison ferme.
Selon le quotidien Echorouk, le tribunal de Dar El Beïda (Alger) a mis, hier, à nu les rouages d’ « un système parfaitement huilé, ancré au sein même du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations ». Au terme d’une audience marathon où l’opacité administrative a été passée au crible, le verdict est tombé comme un couperet: le procureur de la République a requis des peines allant de 4 à 7 ans de prison ferme contre les principaux accusés, assorties de lourdes sanctions financières, a rapporté dans son édition d’hier le média arabophone. L’enquête préliminaire et les débats à l’audience ont, selon la même source, mis en lumière une organisation quasi industrielle, qualifiée par le parquet « d’empire de l’échange d’intérêts ».
Profitant des failles du système, les fonctionnaires incriminés modifiaient directement les tableaux prévisionnels d’importation. Rappelons que les faits ont éclaté le 8 septembre 2025, à la suite d’informations transmises par un lanceur d’alerte, qui a joué un rôle déterminant dans le déclenchement de l’enquête. Grâce aux données contenues dans le téléphone portable de la principale suspecte, les enquêteurs ont pu retracer un vaste réseau de communications via l’application WhatsApp, utilisée pour recevoir et traiter les tableaux prévisionnels d’importation de plusieurs entreprises. Aussi, les investigations ont révélé que plusieurs sociétés basées à Béjaïa, Oran et Aïn Témouchent ont bénéficié de ces interventions frauduleuses.
L’exigence de probité
Les enregistrements audios et vidéos ont également montré un train de vie incompatible avec les revenus déclarés de la suspecte, notamment l’achat d’un appartement à Alger pour près de 1,9 milliard de centimes. Le modus operandi : « Permettre à des opérateurs économiques privilégiés de contourner les quotas réglementaires et d’obtenir des autorisations d’importation totalement indues, piétinant ainsi les règles de la libre concurrence », indique Echorouk. Le cynisme de ce réseau se mesurait à la régularité de ses tarifs.
Les investigations ont ainsi révélé l’existence d’un véritable barème de la corruption : 25 millions de centimes étaient exigés pour chaque document validé ou chaque intervention. Mis bout à bout, ces pots-de-vin représentent un « préjudice financier colossal pour le Trésor public et l’économie nationale », ajoute la même source. Face aux preuves accablantes, la défense a tenté de plaider la simple conformité des procédures administratives.
Un argument balayé d’un revers de manche par le parquet, qui a rappelé l’exigence absolue de probité dans la gestion des autorisations publiques, particulièrement dans un secteur aussi stratégique que le commerce extérieur Le verdict final, qui servira sans doute de jurisprudence pour l’assainissement du secteur, a été mis en délibéré. L’ensemble de la corporation des importateurs et des observateurs retient désormais son souffle.
Par : Akram Ouadah












