Alors que des centaines de militants pacifistes s’étaient donné rendez-vous dans la capitale égyptienne pour poursuivre la Marche mondiale vers Gaza et réclamer l’ouverture d’un couloir humanitaire, les autorités égyptiennes ont violemment réagi.
Mercredi déjà, plusieurs participants ont été arrêtés dès leur arrivée à l’aéroport du Caire. Parmi eux : trois avocats algériens. Plus de 200 manifestants en route pour l’enclave palestinienne ont été interpellés, alors que le ministère égyptien invoquait l’absence « d’autorisation préalable » pour justifier cette vague d’arrestations.
Répression ciblée : expulsions, perquisitions et mauvais traitements
Dans la journée de mercredi, les témoignages font état d’un climat de plus en plus tendu : expulsions arbitraires, descentes policières dans les hôtels, interrogatoires à répétition, confiscation des téléphones, fouilles intégrales des personnes et des bagages à l’aéroport.
Certains militants, notamment des Algériens, sont toujours retenus dans l’enceinte aéroportuaire, dans des conditions indignes. Privés d’eau et de nourriture depuis plusieurs heures, enfermés à 60 dans une pièce contenant à peine huit lits, hommes et femmes doivent se partager un unique sanitaire, sans accès à leurs téléphones ni à leurs effets personnels.
Des dizaines de nationalités concernées
Les interpellations de mercredi n’ont donné lieu à aucune communication officielle. La liste des personnes retenues ou expulsées s’allonge d’heure en heure : Américains, Australiens, Autrichiens, Hollandais, Espagnols, Français, Marocains, Tunisiens, Sud-Africains, mais aussi Grecs, Colombiens, Allemands et Belges. La logistique décentralisée du collectif rend difficile l’établissement d’un bilan précis.
Le choix honteux du Caire
Pour le docteur Hicham El Ghaoui, porte-parole de la délégation suisse et initiateur de la marche, la situation est limpide. Interrogé par Blast, il déclare :
« En bloquant cette initiative, l’Égypte montre qu’elle n’est pas sincèrement engagée pour la levée du blocus. S’opposer à cette marche, c’est s’opposer à la paix. » Et d’ajouter : « Nous sommes déjà en marche depuis des semaines, des mois. Il s’agit de faire comprendre au monde entier que cette cause nous concerne tous. Les prochaines 24 heures seront décisives. Le monde verra si l’Égypte choisit la paix ou continue d’en empêcher le chemin. Nous avons un devoir moral d’essayer. Quoi qu’il arrive, je serai à l’aéroport du Caire et ces arrestations ne nous intimideront pas. »
Au début, le ton semblait pourtant conciliant. Ehab Ahmed Badawy, ambassadeur d’Égypte à Paris, avait exprimé son soutien à la mobilisation et s’était même engagé à faciliter l’entrée des participants. Mais ces derniers jours, le discours a changé. Un message récemment adressé à certains organisateurs évoque désormais un « avis défavorable », justifié par une prétendue présence militaire israélienne dans la zone. Un argument jugé fallacieux par les organisateurs : « Les camions humanitaires, eux, accèdent sans problème à cette région. Le problème, ce n’est pas la sécurité. C’est qu’on veut empêcher cette mobilisation », déclare une source proche du collectif.
Sissi dans l’impasse : entre soumission et… soumission
Depuis le 7 octobre, le régime d’Abdel Fattah Al-Sissi est critiqué pour son inaction en faveur des Gazaouis. Les dizaines de milliers de réfugiés palestiniens ayant franchi la frontière y vivent dans des conditions déplorables, souvent victimes de harcèlement policier et de négligence sanitaire.
Face à une initiative citoyenne internationale et largement médiatisée, le président égyptien, héritier lointain de Nasser, semble plus soucieux de préserver ses relations diplomatiques avec l’occupant et ses alliés occidentaux que de défendre la cause palestinienne. Cette répression brutale révèle une volonté claire : faire taire une contestation qui dérange, y compris quand elle s’exprime dans la paix et la solidarité. À suivre.
Par : Aly D












