À l’occasion de la Journée internationale du théâtre, célébrée le 27 mars, le Théâtre régional Azzedine Medjoubi a marqué l’événement par la présentation de la pièce «Ils sont passés par là», écrite et mise en scène par Nabil Rahmani, avec l’assistanat à la mise en scène assuré par Selatnia Bachir et Messaoudi Yazid, une scénographie signée Bouaziz Oussama et une création musicale et vidéo assurée par Messaoudi Yazid, dans le cadre du cinquantenaire de cette institution emblématique.
Dès les premières minutes, après la lecture du message international du théâtre, le public est invité à embarquer dans une traversée symbolique. Deux personnages introduisent un voyage singulier, appelant à «attacher les ceintures» pour une immersion à bord d’un navire imaginaire. Cette métaphore structure l’ensemble de la pièce, conçue comme une navigation à travers le temps et la mémoire du théâtre annabi.
Au fil de cette traversée, la scène devient un espace de mémoire où ressurgissent des personnages issus d’anciennes productions. Les noms de nombreux comédiens et comédiennes de la wilaya d’Annaba sont ainsi cités, dans un geste de reconnaissance, avec un accent particulier sur les femmes artistes ayant marqué l’histoire du théâtre local.
Dans cette dynamique de mémoire, la pièce a également évoqué des figures pionnières, à l’image du comédien Mohamed El Djondi, ayant débuté dans le théâtre dès 1926 et ayant également exercé en tant que juge. Son parcours illustre l’ancrage ancien et profond de la pratique théâtrale dans la région.
La figure du grand-père, proche du hakawati, qui incarne la parole, le souvenir et la continuité, une mémoire vivante qui raconte, relie et préserve l’histoire du théâtre, assurant la transmission entre les générations.
Quant à la métaphore du navire, elle dépasse le cadre narratif pour porter une réflexion plus large : celle d’un collectif en mouvement, dépositaire d’une mémoire collective riche, confronté à des défis mais résolument tourné vers l’avenir. Elle suggère également un passage de relais, où une nouvelle génération est appelée à prendre la barre et à poursuivre le parcours artistique, tout en préservant l’héritage et l’identité du théâtre.
Au fil des tableaux, le spectacle a su glisser, avec subtilité, des messages forts sur les réalités du métier. Derrière l’émotion et les tableaux artistiques, transparaît une évocation des défis auxquels font face les hommes et les femmes de la scène : contraintes du quotidien, lenteurs administratives parfois pesantes, et obstacles qui jalonnent le parcours des artistes. Sans jamais verser dans la dénonciation frontale, la pièce laisse deviner une volonté de dire, avec élégance, ce qui est souvent tu.
Un moment particulièrement émouvant a été consacré à Azzedine Medjoubi, à travers un tableau artistique marquant, qui retrace les circonstances de sa disparition. L’hommage s’est poursuivi avec une séquence vidéo dédiée au regretté Toufik Memiche, disparu sur scène. Grâce à une reconstitution utilisant l’intelligence artificielle, sa voix semblait résonner à nouveau, exprimant son attachement éternel au théâtre.
L’émotion a atteint son comble lorsque sa fille est montée sur scène, partageant avec le public son amour pour le théâtre, hérité de son père. Elle a confié avoir grandi dans cet univers, promettant de poursuivre le chemin qu’il a tracé.
Parmi les moments ayant particulièrement marqué le public, la prestation de Djamel Dendan a suscité une vive émotion.Sa voix chargée de sensibilité, a porté une chanson spécialement dédiée au théâtre d’Annaba et à ses artistes ,venant sublimer l’hommage rendu tout au long de la soirée.Ce moment musical ,à la fois poignant et fédérateur, a renforcé le lien entre la scène et le public ,dans une atmosphère empreinte de mémoire et de reconnaissance.
Selon le metteur en scène Nabil Rahmani, cette œuvre se veut également un outil d’archivage destiné aux étudiants, reposant sur des sources fiables, notamment les travaux de Hassan Derdour, afin de préserver la mémoire du théâtre régional.
La soirée s’est achevée par une mise à l’honneur des comédiens de la wilaya ainsi que des anciens directeurs du théâtre, dans une atmosphère empreinte de mémoire et de reconnaissance, sublimée par une création musicale dédiée au cinquantenaire.
Par : Ikram Saker











