À compter de la rentrée scolaire prochaine 2026/2027, l’anglais sera introduit dès la 3e année primaire, tandis que le français ne sera enseigné qu’à partir de la 4e année. Une décision annoncée par le ministère de l’Éducation nationale, avant-hier, qui suscite déjà de nombreuses réactions, aussi bien dans les milieux éducatifs que sur les réseaux sociaux.
Le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Sadaoui, a annoncé samedi que « l’anglais sera enseigné en 3e année primaire, tandis que le français sera introduit, avec l’anglais, à partir de la 4e année ». Il a également précisé que l’enseignement de la langue anglaise sera renforcé au lycée, dans le cadre de la stratégie de modernisation du système éducatif et de l’ouverture sur les langues étrangères.
Une décision qui fait débat
L’annonce a rapidement alimenté les discussions sur les réseaux sociaux, entre les partisans d’un renforcement de l’enseignement de l’anglais et ceux qui redoutent un recul de la place du français dans le système éducatif. Si certains saluent une réforme adaptée aux évolutions internationales, d’autres s’interrogent sur ses conséquences pédagogiques et organisationnelles.
Interrogé sur cette réforme, le pédagogue Ahmed Tessa considère que cette mesure marque « un tournant » dans l’enseignement des langues étrangères en Algérie. Auteur de l’ouvrage L’impossible éradication : l’enseignement du français en Algérie, il estime que cette nouvelle organisation risque de soulever plusieurs difficultés, tant sur le plan pédagogique que sur celui de la gestion des ressources humaines.
Selon lui, le report de l’enseignement du français à la 4e année primaire pourrait entraîner un excédent d’enseignants de cette matière, avec un volume horaire réduit et un nombre moins important de classes à prendre en charge. Une situation qui, à ses yeux, nécessitera une réorganisation des effectifs au sein des établissements scolaires.
Des interrogations sur la mise en œuvre
Ahmed Tessa s’interroge également sur les conditions d’introduction de l’anglais dès la 3e année primaire. Il évoque notamment l’insuffisance de la formation pédagogique de certains nouveaux enseignants d’anglais, estimant que cette situation pourrait affecter la qualité et l’efficacité de l’apprentissage de cette langue dans les premières années de scolarité.
Le spécialiste estime par ailleurs qu’un affaiblissement de l’enseignement du français pourrait avoir des répercussions sur les relations linguistiques et culturelles de l’Algérie avec plusieurs pays francophones d’Afrique et du Maghreb, ainsi qu’avec les importantes communautés algériennes établies en France, en Belgique ou encore au Québec.
À ses yeux, cette réforme relance plus largement le débat sur l’avenir du système éducatif. Il plaide pour une réévaluation de la réforme de l’éducation engagée en 2002 et appelle à préserver l’école de toute considération idéologique, rappelant que cette orientation a été évoquée à plusieurs reprises par le président de la République dans ses interventions consacrées au secteur de l’éducation.
Par : S.A.B.







