En officialisant le retrait d’Alger de sa liste des pays sous surveillance renforcée, le Groupe d’action financière (GAFI) vient de valider la thérapie de choc menée par les autorités contre l’économie informelle. Moins de deux ans après son inscription, le pays signe un retour fracassant sur la scène financière internationale, restauré dans sa crédibilité et prêt à doper ses investissements.
C’est une victoire économique et financière majeure pour Alger. Réuni en session plénière vendredi à Paris, au siège de l’OCDE, le GAFI a officialisé, à l’unanimité, le retrait de l’Algérie de sa « liste grise ». Placé sous surveillance renforcée en octobre 2024, le pays en ressort par la grande porte après moins de deux ans d’efforts intensifs.
Cette décision vient couronner une refonte en profondeur du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), validée sur le terrain lors d’une inspection minutieuse à la mi-avril. À Paris, le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, et le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohammed Lamine Lebbou, ont vu les délégations internationales saluer une « démonstration concrète de la volonté politique du pays ». Un coup de chapeau partagé par la présidente du GAFI, Elisa de Anda Madrazo, qui a souligné les progrès colossaux d’Alger. Pour convaincre les experts internationaux, l’Algérie n’a pas fait dans la demi-mesure. Sous la supervision directe des autorités financières, le gouvernement a appliqué une véritable stratégie de tolérance zéro contre les circuits de l’argent sale, associant ministères, banques, assurances et notaires.
Ce serrage de vis s’est traduit par des mesures radicales : interdiction stricte des paiements en espèces pour l’immobilier et l’achat de véhicules neufs, contrôles bancaires drastiques sur l’origine des fonds et identification systématique des déposants. En parallèle, une offensive sécuritaire ciblée a permis de démanteler les réseaux financiers occultes à un rythme inédit, débouchant sur des saisies records.
La fin de la dictature du cash
Pour le Dr Mohamed Himrane, enseignant-chercheur en économie, le signal envoyé au monde est limpide. « L’Algérie est en train d’améliorer progressivement son positionnement dans la gouvernance économique internationale », a-t-il analysé hier au micro de la Radio Nationale. Sur le terrain économique, ce feu vert international agit comme un formidable accélérateur de croissance. Kamel Moula, président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), qualifie d’ailleurs cette sortie de « signal positif » capital, insufflant une confiance renouvelée aux opérateurs locaux et aux partenaires internationaux. En effaçant le « risque de réputation », l’Algérie redevient une destination hautement sécurisée pour les Investissements Directs Étrangers (IDE), comme le confirme également l’économiste Brahim Guendouzi dans les colonnes de TSA.
Aussi, il s’agit de la fin du calvaire pour les banques. C’est en effet l’allègement immédiat des lourdes procédures de vérification imposées par les correspondants bancaires étrangers. Résultat immédiat: des transactions transfrontalières plus rapides et des coûts financiers qui fondent. Sur un autre plan, le système bancaire national se hisse désormais au niveau des standards mondiaux les plus rigoureux, normalisant les relations d’Alger avec les grands bailleurs de fonds internationaux pour le financement des infrastructures d’envergure.
Pour le professeur d’économie Brahim Guendouzi, ce dénouement marque un « tournant décisif ». L’expert rappelle que la riposte institutionnelle a été globale : révision de l’arsenal législatif, obligation de transparence totale sur les bénéficiaires effectifs auprès du CNRC (incluant entreprises, associations et biens wakfs) et renforcement de la vigilance chez les notaires et experts-comptables.
« La réussite de ce plan d’action démontre la forte volonté politique de l’Algérie de s’aligner durablement sur les standards mondiaux », résume le Pr. Guendouzi, y voyant le gage d’un engagement à long terme pour la stabilité et la transparence du système financier national.
Par : Akram Ouadah







