Le silence a d’abord été assourdissant. Puis, très vite, le bourdonnement de la rue a pris le relais. Il est un peu plus de minuit, hier, lorsque 16 wilayas de l’Est ont été, soudainement, plongées dans le noir absolu.
En plein été, alors que le mercure refuse de descendre, l’arrêt brutal des climatiseurs et des ventilateurs a instantanément transformé les foyers en étuves. En l’espace de quelques minutes, ce qui n’était qu’une coupure d’électricité ordinaire, s’est transformé en une véritable nuit de veille collective, oscillant entre quête d’air frais et psychose numérique.
Impossible de rester à l’intérieur. Très vite, les cages d’escalier s’animent au faisceau des lampes de téléphones portables. Dans les quartiers de Constantine, d’Annaba ou de Guelma, les familles finissent par descendre dans la rue, sur les trottoirs ou sur les places publiques, à la recherche d’un souffle d’air. Les discussions s’improvisent sur le pas des portes, les enfants somnolent sur des chaises en plastique sorties à la hâte.
Pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, la panique s’organise en direct. Privés d’images mais pas de connexion mobile, les internautes s’affolent. Les rumeurs de «délestage national» ou d’un effondrement total du réseau, semblable au grand blackout ibérique de l’an dernier, enflamment les écrans.
Entre deux théories du complot, le flegme algérien reprend pourtant vite le dessus : certains s’amusent à coup de «memes» sur cette «coupure nationale par tranches», tandis que d’autres rappellent avec bon sens que les pannes géantes arrivent partout dans le monde, du Texas à l’Europe, et qu’il est inutile de céder à la paranoïa.
Face à cette tension qui montait dans l’obscurité, la réponse des autorités ne s’est pas fait attendre. Sonelgaz a immédiatement installé une cellule de crise pour coordonner les équipes d’intervention sur le terrain et a déployé une couverture médiatique en temps réel pour étouffer la rumeur.
Très vite, la voix officielle de Khalil Hodna, directeur de la Communication au ministère de l’Énergie, s’est fait entendre. Le diagnostic est posé et partagé sans détour : un incident technique majeur a touché une installation-clé à Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra, provoquant une perturbation partielle sur le réseau de l’Est. Pas d’effondrement, pas de crise durable, mais un incident exceptionnel en cours de résolution. L’annonce d’un retour progressif à la normale «dans l’heure» agit immédiatement comme un baume sur les nerfs des citoyens.
Le pari a été tenu. Quelques heures de mobilisation intense ont suffi aux techniciens pour réparer l’avarie à Sidi Okba et réalimenter les 16 wilayas touchées bien avant l’aube.
Ce rétablissement rapide a suscité un vibrant hommage du Premier ministre, Sifi Ghrieb. S’exprimant au nom du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, il a salué le dévouement des agents de Sonelgaz : «Là où d’autres pays mettent parfois 48h pour surmonter une telle panne, nos cadres ont réussi à stabiliser et rétablir le réseau national en quelques heures. C’était un véritable test de résilience.» De son côté, le ministre de l’Énergie, Mourad Adjal, a rappelé avec fierté que si cette crise a pu être contenue si rapidement, c’est grâce aux investissements de l’État dans un centre national de contrôle de la distribution de classe mondiale, géré par des compétences 100% algériennes.
Quand le jour s’est levé, balayant les derniers vestiges de cette panne géante, le vrombissement rassurant des appareils ménagers a sonné la fin de l’alerte. Une nuit de veille forcée qui nous rappelle brutalement notre dépendance totale à l’énergie, tout en consacrant le professionnalisme de ces techniciens qui ont su, au cœur de l’urgence, ramener la lumière.
Par : Amina A.








