Entre forêts de chêne-liège et récifs de corail, l’ancienne «Marsa El Kharraz» s’impose comme la frontière du sublime. Récit d’une immersion au cœur d’une Algérie sauvage et authentique.
Il est des lieux où la géographie semble avoir suspendu son vol pour composer un tableau parfait. El Kala est de ceux-là. Suspendue à l’extrême Est du littoral algérien, à un jet de pierre de la frontière tunisienne, la municipalité d’El-Tarf ne se contente pas d’être une simple halte balnéaire. Elle est une frontière physique, mais surtout une invitation au voyage, là où la Méditerranée vient embrasser les contreforts d’une forêt subéreuse d’une densité presque mystique.
Sous son ancien nom de Marsa El Kharraz (le port des verroteries), elle fut de tout temps un comptoir convoité. Rebaptisée «La Calle» par les marchands français qui y virent le premier havre sûr pour abriter leurs navires, la ville garde en elle les stigmates et la grandeur de son histoire séculaire.
Pour comprendre El Kala, il faut attendre que le soleil entame sa lente descente derrière l’horizon. C’est à cet instant précis que la Corniche s’éveille. Ce balcon maritime, véritable poumon social de la ville, offre un panorama à couper le souffle. Le ciel s’habille de pourpre et d’or, tandis que les familles locales et les touristes de passage s’approprient les lieux dans une atmosphère d’une douceur typiquement méditerranéenne.
En journée, la «Plage du Corail» ne désemplit pas. Ici, pas de bétonnage sauvage : le sable fin et l’eau turquoise, d’une clarté presque irréelle, rappellent que la nature a encore tous ses droits.
Mais El Kala sait aussi célébrer la culture. Plus haut, le théâtre de plein air «Amar Laskri», majestueuse arène de 4.000 places, s’apprête à vibrer. Durant deux mois, le festival des «Nuits du Corail» y fait résonner les partitions du patrimoine national : des envolées nostalgiques du Malouf constantinois aux rythmes terre-à-terre du Bedoui, le cœur de l’Algérie bat ici à l’unisson.
Face à la mer, la vieille église du XVIIIe siècle dresse sa silhouette de pierre. Témoin muet des siècles passés et des influences architecturales qui ont façonné la côte, l’édifice reste aujourd’hui fermé au public. Un joyau scellé qui continue pourtant d’aimanter l’objectif des voyageurs en quête de clichés d’époque.
L’or rouge des profondeurs
On ne peut évoquer El Kala sans parler de son sang, de son âme : le corail. Depuis le XVIe siècle, sous la régence ottomane, la ville s’est imposée comme la capitale incontestée de cet «or rouge». Dans les ruelles du centre, les échoppes des artisans regorgent de pièces uniques. Colliers, bagues et bracelets façonnés à la main perpétuent un savoir-faire qui se transmet de génération en génération.
Pour les habitants, le corail est bien plus qu’une marchandise ; c’est un talisman de santé et de prospérité. Pour les passionnés de plongée, les récifs d’El Kala représentent un sanctuaire sous-marin d’une biodiversité exceptionnelle, où les forêts de corail abritent une faune marine d’une richesse inestimable.
Une côte sauvage aux 1.000 visages
Si le centre-ville séduit par son authenticité, c’est en s’éloignant le long des 90 km de littoral que l’on mesure la démesure d’El Kala. Des noms qui résonnent comme des promesses d’aventure : le mythique Cap Rosa, la majestueuse Grande Plage, ou encore les criques secrètes de La Messida et de la vielle Cale.
Bien que l’offre hôtelière locale, portée par des établissements, s’efforce de répondre à une demande croissante, El Kala préserve ce qui fait sa force : son statut de beauté sauvage. Loin du tourisme de masse standardisé, cette bande de terre et de mer reste une ode à la contemplation, un havre pour les amoureux d’une Algérie fière, historique et résolument tournée vers l’azur.
Par : Amina A.








