Au cœur de la médina de Constantine, le quartier des ” Rabaïne Chérif” s’inscrit comme un tissu historique encore cohérent dans la structure urbaine de la cité. En parcourant ses ruelles, on perçoit la profondeur du temps : un quartier ancien qui reflète, dans son organisation et ses formes, la manière dont la ville s’est façonnée au fil des siècles.
Les ruelles étroites, les passages sinueux et les petites places rythment la circulation et structurent la vie quotidienne. Ces espaces, souvent modestes, servent de lieux de rencontre et d’échanges entre habitants. C’est le quartier du cheikh Ben Badis et de la Médersa inaugurée en 1909.
Le souffle spirituel de la médina
Le quartier abrite plusieurs espaces religieux, notamment la mosquée de ” Rabaïne Chérif”, anciennement connue sous le nom de Dar El-Qadi. Ce lieu, qui constituait à l’origine un espace judiciaire, est devenu progressivement un centre spirituel structurant la vie du quartier.
La mosquée, avec ses écoles coraniques et ses cercles de dhikr, ainsi que certaines imprimeries historiques liées à des figures intellectuelles locales, a occupé une place centrale dans la transmission religieuse et éducative. Les célébrations comme la nuit du Mawlid y étaient marquées des rassemblements traditionnels et par des chants religieux, illustrant l’attachement au soufisme populaire.
Architecture du quotidien
Les habitations s’organisent autour de cours intérieures assurant ventilation naturelle et intimité. Cette configuration traduit un savoir-faire traditionnel transmis de génération en génération et adapté aux réalités climatiques et sociales.
Les constructions utilisent la pierre locale et la chaux, avec des éléments décoratifs tels que portes sculptées, arcs et colonnes fines, témoignant d’influences ottomanes et andalouses. Les restaurations récentes ont mis en lumière des structures caractéristiques de la période ottomane : fenêtres à moucharabieh, escaliers en colimaçon et petites coupoles de zaouïas.
Cependant, les bâtiments font face à des défis : infiltrations d’eau, dégradations progressives, effondrements partiels et interventions urbaines non organisées.
Mémoire vivante et liens sociaux
Malgré ces difficultés, ” Rabaïne Chérif” conserve un tissu social solidaire. Les commerces traditionnels, les petites boutiques familiales et les anciennes activités artisanales témoignent d’une continuité de vie. Les espaces entre les maisons jouent un rôle essentiel dans les échanges quotidiens et la cohésion du voisinage.
Les passages sinueux et les seuils des habitations traduisent un lien étroit, développé au fil des périodes de prospérité et de transformations, entre les habitants et leur environnement. Le quartier apparaît ainsi comme un espace où se rencontrent sens religieux populaire, architecture traditionnelle et mémoire collective.
Aux racines du nom
Le nom du quartier reflète une histoire entrelacée, confirmée par des récits locaux, des recherches universitaires en toponymie et des études sur la mémoire urbaine. Des documents oraux et écrits évoquent l’installation d’environ quarante familles de descendance noble aux XVIIe et XVIIIe siècles, en cohérence avec d’anciens registres familiaux et des travaux sur les lignées constantinoises.
Avec l’expansion urbaine, une autre lecture s’est imposée, suggérant l’existence d’un noyau religieux structuré autour de zaouïas et de petites mosquées mentionnées dans les documents de waqf. La diffusion des confréries soufies à Constantine, telles que la Qadiriyya, la Tidjaniyya et la Rahmaniyya, a renforcé cette dimension.
Un équilibre à inventer
Le quartier traverse une période sensible marquée par la dégradation des bâtiments et des projets de restauration partiellement interrompus, malgré certaines interventions réalisées notamment en 2015 lors de la désignation de Constantine comme capitale de la culture arabe. Des travaux ont concerné certaines ruelles et la consolidation partielle de la mosquée, mais l’absence de suivi continu limite leur impact.
” Rabaïne Chérif” demeure un symbole fort de l’identité constantinoise, reliant héritage spirituel, mémoire familiale et histoire urbaine. Son avenir dépend de la capacité à élaborer une vision globale de sauvegarde, conciliant préservation du patrimoine et dynamique urbaine contemporaine.
Par :Aly D










