Plus d’un mois après la reprise de fonctions de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, l’ambassade d’Algérie à Paris demeure toujours sans ambassadeur. Une situation qui perdure depuis près de deux ans, dans le sillage de la crise diplomatique provoquée par le soutien affiché du président français Emmanuel Macron à la position marocaine sur la question du Sahara occidental.
La reprise des contacts officiels entre Alger et Paris au cours des derniers mois avait pourtant nourri l’espoir d’une normalisation progressive des relations bilatérales. La visite en France du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, à l’invitation de son homologue français Laurent Nuñez, quelques mois après le déplacement de ce dernier en Algérie, avait notamment été perçue comme un signe encourageant.
Cependant, l’absence de nomination d’un nouvel ambassadeur algérien à Paris continue d’alimenter les interrogations. Ce retard a conduit de nombreux observateurs à revoir leurs analyses et à relativiser les signes de rapprochement enregistrés ces dernières semaines entre les deux pays.
Deux lectures possibles
Comment expliquer la lenteur des autorités algériennes à désigner un nouvel ambassadeur alors que plusieurs canaux de communication ont été rétablis entre les deux capitales ? S’agit-il simplement du temps nécessaire pour choisir le profil adéquat, ou bien ce retard traduit-il la persistance de divergences de fond entre Alger et Paris ?
Interrogé, un ancien diplomate algérien ayant exercé en France avance deux explications. Selon lui, la première est liée à l’importance stratégique du poste. L’ambassadeur d’Algérie à Paris doit répondre à des critères spécifiques et disposer de compétences particulières, compte tenu de la sensibilité des relations entre les deux pays.
L’expert rappelle que le rappel de l’ancien ambassadeur algérien à Paris, Saïd Moussi, est intervenu dès juillet 2024, à la suite du soutien apporté par Emmanuel Macron au plan marocain d’autonomie au Sahara occidental. À l’inverse, le rappel de l’ambassadeur français en Algérie, Stéphane Romatet, est intervenu en avril 2025 dans un contexte différent, après l’expulsion de douze agents consulaires français décidée par Alger en réponse à ce qu’elle considérait comme des provocations françaises.
La seconde hypothèse avancée par le diplomate repose sur le fait que l’Algérie demeure insatisfaite des gestes accomplis jusqu’à présent par la partie française. Pourtant, Paris a multiplié les initiatives de rapprochement en dépêchant plusieurs responsables en visite officielle, notamment le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, la ministre déléguée auprès des Forces armées françaises Alice Rufo ainsi que le ministre de la Justice Gérald Darmanin.
Des dossiers sensibles toujours en suspens
Un autre expert diplomatique estime que l’absence de nomination d’un ambassadeur constitue un signal politique adressé à Paris. Selon lui, « Si les relations bilatérales ont commencé à se normaliser ces dernières semaines grâce à des visites officielles réciproques, elles n’ont pas encore atteint le niveau de normalité requis pour la nomination d’un nouvel ambassadeur dans une ambassade qui n’a pas d’autre vocation. »
Pour cet observateur, plusieurs revendications algériennes demeurent sans réponse. Parmi elles, figure notamment le maintien en détention de l’agent consulaire algérien incarcéré en France, auquel la justice française a refusé une demande de remise en liberté conditionnelle, une situation qu’Alger considère comme contraire aux usages diplomatiques et consulaires.
D’autres dossiers continuent également de peser sur les relations entre les deux pays, notamment ceux liés à la mémoire historique. L’Algérie réclame toujours une indemnisation plus large des victimes des essais nucléaires français, la dépollution des anciens sites d’expérimentation nucléaire et chimique, la restitution des plans des sépultures ainsi que le retour des archives emportées durant la période coloniale.
Dans ce contexte, les experts s’accordent à dire que, malgré les signes d’apaisement observés ces derniers mois, les relations entre Alger et Paris n’ont pas encore retrouvé un niveau de confiance suffisant pour permettre un retour complet à la normale.
Par : S.A.B.







