Chez Ludovic Hadjeras, l’animal n’est jamais un simple sujet à représenter. Il devient une présence, un point de départ pour interroger les relations entre les espèces, les territoires et les humains. Installations, sculptures, vidéos, photographies ou textes composent une œuvre qui se construit à la frontière de plusieurs pratiques. L’artiste plasticien, né en 1996 à Besançon, développe ainsi une démarche attentive aux autres formes du vivant, aux déplacements et aux récits qui se tissent autour d’elles.
Dans ce travail, l’Algérie occupe désormais une place singulière. Elle n’est pourtant pas un territoire familier de l’enfance. Il faudra attendre 2019 pour que l’artiste s’y rende pour la première fois, à l’âge de 23 ans. Son père et ses grands-parents paternels en sont originaires et avaient quitté le pays en 1962. Cette découverte tardive transforme progressivement le rapport de l’artiste à cette histoire familiale : l’Algérie devient à la fois un pays à découvrir et un territoire à interroger.
Retrouver sans revenir
Cette démarche traverse notamment « Le Loup et le figuier », projet d’écriture dans lequel se croisent une recherche consacrée au loup et une réflexion sur ses origines algériennes. Le rapprochement peut sembler inattendu, mais il traduit précisément la manière dont Ludovic Hadjeras travaille : par associations, déplacements et correspondances, en laissant les êtres vivants et les territoires faire émerger d’autres récits. L’Algérie y devient moins une origine figée qu’une histoire à reconstruire, à partir de ce qui a été transmis et de ce qui est découvert.
À Alger, son regard s’est également porté sur les oiseaux migrateurs. Les martinets sont au centre de « Sleeping Swift, Slipping – Falls », présenté au Luxembourg en 2024, dans un travail qui s’intéresse notamment à leurs déplacements entre différents espaces. Ici encore, l’animal permet de dépasser les frontières géographiques pour observer autrement les liens entre les territoires.
Aujourd’hui, Ludovic Hadjeras poursuit cette recherche entre Marseille et Alger. Avec « Ma an3qad – Les attaches », annoncé aux Ateliers Sauvages à Alger du 1er octobre au 10 novembre 2026, l’artiste revient encore à cette question du lien. Un lien avec un pays découvert à l’âge adulte, avec une histoire familiale longtemps vécue à distance, mais aussi avec les êtres et les paysages qui nourrissent désormais son regard artistique.
Par : A.D








