À Oued Bibi, l’été indien est une invitation à vivre la mer autrement, entre nature préservée et moments suspendus.
L’été se vit aussi en septembre, la Méditerranée change de visage. Les plages qui bruissaient de monde il n’y a pas si longtemps, retrouvent leur calme, les parasols disparaissent peu à peu et les journées s’étirent dans une lumière moins écrasante. À Oued Bibi, sur le littoral de Skikda, cette arrière-saison prend des allures de parenthèse. La plage est quasiment vide, le silence n’est troublé que par le ressac et, devant les montagnes couvertes de végétation, l’eau cristalline rivalise de transparence avec les plus beaux lagons des tropiques.
Il faut pourtant accepter de quitter les itinéraires les plus faciles pour atteindre cette portion de paradis sublimée par le ciel de septembre. Plusieurs chemins permettent de rejoindre Oued Bibi, notamment depuis la route de la Grande Plage ou à partir d’Aïn Zouit. Un autre itinéraire passe par Tamalous, Chraia et Sidi Mansour. Dans tous les cas, les derniers kilomètres se compliquent et la route devient difficilement praticable par endroits. Un inconvénient qui, paradoxalement, contribue, durant la forte saison, à préserver les lieux de la fréquentation massive.
À l’arrivée, le contraste avec les plages de l’été est saisissant. En cette journée de septembre, à peine trois parasols sont éparpillés sur l’immense plage. Ils semblent presque perdus au milieu de cette longue étendue de sable et de galets, comme si le littoral avait soudain été rendu à lui-même. Le regard peut parcourir la côte sans rencontrer d’obstacle. Derrière le rivage, les reliefs boisés descendent vers la mer et renforcent cette impression d’être arrivé sur une île déserte.
Sur plus de 2,5 kilomètres, Oued Bibi déroule ainsi une côte restée largement à l’écart de l’urbanisation. Par endroits, la plage atteint 55 mètres de largeur. Le sable blond alterne avec les galets et les rochers polis par les vagues. Mais c’est la mer qui retient le plus longtemps le regard. À quelques mètres du rivage, l’eau est d’une limpidité remarquable. Les fonds apparaissent avec une netteté étonnante et les nuances passent du bleu pâle au turquoise selon la profondeur et la lumière. Dans ce décor, difficile de ne pas penser aux lagons des destinations tropicales, avec cette différence essentielle : ici, pas besoin de prendre l’avion pour chercher l’eau cristalline d’une carte postale.
La mer en version grand large
Le calme n’est pourtant pas synonyme d’absence totale de vie. Au bord de l’eau, un bateau vient de jeter l’ancre. Un groupe de jeunes en descend et gagne le sable. Leur regard se promène autour d’eux, avec cette expression de découverte qui trahit l’émerveillement. Pour eux, le trajet en bateau semble avoir ajouté une autre dimension à l’arrivée. Après avoir longé la côte, ils découvrent une plage presque vide, une mer transparente et des reliefs qui donnent au lieu des airs de refuge inaccessible.
Plus loin, l’ambiance est différente, plus feutrée. Des pêcheurs ont installé leur matériel près de l’eau. Tentes, cannes, seaux et équipements sont déjà en place. La saison des baignades est passée, mais pour eux, Oued Bibi commence en quelque sorte une nouvelle période. Ils prennent le temps d’attendre, de changer de poste, de préparer leur repas ou de refaire le monde entre deux prises. Pour les habitués, cette liberté compte autant que le paysage. Ils savent où s’installer, à quel moment revenir et quels coins privilégier selon la météo. Ce sont principalement des gens de la région. Ils connaissent la plage depuis leur enfance et reviennent dès que le temps leur permet, parfois pour le week-end, parfois pour plusieurs jours. La pêche est évidemment au centre de ces escapades, mais elle n’est pas leur seule raison de venir. On y retrouve des amis, on partage les repas, on discute, on attend une prise et surtout, on prend le temps.
Maintenant que les estivants sont partis, ces habitués retrouvent un littoral plus tranquille. Le rivage redevient un espace où l’on peut s’installer longuement sans être dérangé, surveiller ses lignes et profiter de la journée. La plage change alors de rythme. Le temps paraît moins compté et le silence devient presque une présence. Le vent dans les arbres, les vagues et les conversations lointaines composent l’essentiel de l’ambiance sonore. Cette sérénité est sans doute ce qui frappe le plus lorsqu’on reste quelques heures sur place. Ici, rien ne vient rappeler l’agitation des grandes plages en pleine saison.
On marche le long du rivage, on s’arrête pour regarder la mer ou les reliefs, puis on se glisse dans cette eau si claire que l’on peut voir les poissons. On peut y reste pendant des heures. Ici, nager devient une expérience unique, le poids de la vie s’y dissous et l’on se sent si léger. À mesure que le soleil descend, la lumière devient plus douce. Les montagnes projettent progressivement leurs ombres sur la côte tandis que les rochers prennent des reflets dorés.
Une beauté sans artifices
Cette impression de bout du monde tient aussi à l’absence d’aménagements. La nature occupe presque tout l’espace. L’accès difficile a probablement contribué à maintenir cette situation et à préserver le caractère sauvage du site. Mais cette beauté impose aussi ses limites. Oued Bibi n’est pas une plage aménagée et n’est pas surveillée par la Protection civile ou la Gendarmerie nationale. La baignade n’y est pas autorisée. La transparence exceptionnelle de l’eau ne doit donc pas faire oublier l’absence de dispositif de sécurité. Le site se découvre avant tout comme un espace naturel, avec les précautions que cela implique.
Cette absence d’équipements rend également la préservation du lieu particulièrement importante. Ramener ses déchets, respecter la végétation et ne rien laisser derrière soi prennent ici une dimension évidente. Ce qui attire à Oued Bibi est précisément ce qui pourrait disparaître avec une fréquentation mal maîtrisée : le silence, l’espace, la végétation et cette impression d’être loin de tout.
En septembre, lorsque les plages les plus fréquentées commencent à se vider, Oued Bibi révèle ainsi une autre Méditerranée. Celle des pêcheurs qui reviennent avec leurs habitudes, des amis qui prolongent le week-end, des visiteurs qui découvrent avec étonnement la transparence de l’eau et de ceux qui viennent simplement chercher quelques heures de calme. Avec ses trois parasols dispersés sur le sable, son bateau au mouillage et ses longues portions de rivage désertes, la plage semble presque appartenir à une autre géographie. Pourtant, elle est bien là, sur la côte skikdie, offrant au mois de septembre un luxe devenu rare : celui de pouvoir regarder la mer sans personne entre elle et soi.
Par : Aly D










