À la galerie Les Filles du Calvaire, à Paris, les toiles d’Abdelhak Benallou donnent à voir des scènes silencieuses, suspendues entre présence et retrait. Avec Le Refuge, Self Affection et plusieurs compositions d’intérieurs traversées de lueurs froides, l’artiste construit un univers où la fragilité de l’humain rencontre une lumière devenue familière : celle des écrans.
Une lumière contemporaine dans la tradition picturale
Dans Le Refuge, une ouverture lumineuse découpe l’espace sans en révéler pleinement les contours. Le regard se trouve ainsi placé dans un entre-deux, face à une scène à la fois familière et insaisissable. Cette indécision constitue l’un des ressorts de la peinture de Benallou. Ses cadrages serrés et ses personnages souvent représentés de dos ou absorbés dans leurs pensées donnent aux œuvres l’allure d’images arrêtées, comme si un récit pouvait reprendre à tout instant.
Présentée sous le titre Rouge, Vert, Bleu, la série place la lumière au cœur du travail pictural. Référence au modèle RVB des écrans numériques, elle devient une matière à part entière. Froide, diffuse, parfois irréelle, elle renouvelle le principe du clair-obscur en substituant aux sources traditionnelles la lumière des smartphones et des ordinateurs.
Formé aux Beaux-Arts d’Alger, puis à Dunkerque et à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, dont il est diplômé en 2024, Abdelhak Benallou inscrit cette recherche dans une solide culture picturale. L’influence de Rembrandt, Velázquez ou Ingres se devine dans le traitement des volumes, des textures et de la lumière, sans jamais devenir démonstrative. La maîtrise technique demeure discrète, au service d’une peinture qui privilégie la sensation.
Entre présence humaine et zones d’ombre
Dans Self Affection, une main posée sur une épaule suffit à installer le doute : geste d’apaisement, de protection ou repli sur soi ? L’œuvre ne tranche pas. Cette ambiguïté traverse l’ensemble de la série. Les espaces clos, les figures isolées et les échappées lumineuses composent un langage fondé sur le silence, l’attente et la multiplicité des lectures.
Sans illustrer directement l’univers numérique, Benallou en traduit les effets sensibles. L’écran devient source de lumière, mais aussi filtre entre l’individu et son environnement. Sa peinture ne cherche pas à rivaliser avec les images numériques ; elle en prélève l’éclat pour mieux interroger ce qu’elles laissent dans l’ombre : la solitude, l’intimité et la présence humaine.
Chez Abdelhak Benallou, la peinture trouve ainsi dans le langage contemporain des écrans une nouvelle matière à penser et à regarder. Entre héritage classique et expérience visuelle contemporaine, son travail ouvre un espace où le visible conserve toujours une part d’inachevé, laissant au regard et à l’imaginaire le soin de poursuivre l’œuvre.
Par : Sana A.K











