C’est un jeu du chat et de la souris qui se joue désormais sous le soleil de plomb de la wilaya de Constantine. D’un côté, les brigades du contrôle de la qualité et de la répression des fraudes ; et de l’autre, les cohortes de camions-citernes qui sillonnent les quartiers résidentiels. Leur argument de vente est immuable, presque séducteur : une eau prétendument pure, fraîchement puisée aux sources réputées de Collo, wilaya voisine de Skikda. Une marchandise pourtant devenue suspecte.
Ces derniers jours, l’étau s’est nettement resserré. Les inspecteurs de l’antenne d’Aïn Abid sont passés à l’offensive, appuyés par l’arrêté préfectoral n°1294 du 24 juin 2026. Ce texte est catégorique : toute vente d’eau destinée à la consommation humaine par le biais de citernes mobiles est strictement interdite sur le territoire de la wilaya, sauf autorisation administrative expresse.
Sur le terrain, la riposte s’organise de manière concertée. A l’entrée de la commune d’Ibn Badis, un barrage mixte a été déployé. Policiers, gendarmes, agents du commerce et membres du Bureau d’hygiène communal, inspectent méthodiquement chaque véhicule suspect. L’objectif de la direction du Commerce est clair : faire appliquer la loi avec la plus grande rigueur en exigeant les autorisations requises et, surtout, les certificats d’analyses physico-chimiques et bactériologiques. En cette période estivale où le spectre des maladies à transmission hydrique (MTH) plane cruellement, le laisser-aller n’est plus de mise. Plusieurs infractions ont déjà été consignées, et les contrevenants sommés de s’expliquer devant la justice.
Cette fermeté administrative n’est pas le fruit du hasard. Elle fait suite au coup de semonce du 22 juin dernier, lorsqu’une intoxication collective a frappé la commune de Didouche Mourad, plus précisément la cité des 6000 logements (AADL 2) Abderezzak Bouhara. Des dizaines de résidents ont, alors, été admis aux urgences, souffrant de nausées et de diarrhées aiguës. L’enquête épidémiologique préliminaire menée par les services de santé a rapidement pointé du doigt la consommation de l’eau de ces camions-citernes. Un signal d’alarme qui a poussé l’APC à exhorter les citoyens à boycotter ces vendeurs ambulants, avant que le wali ne tranche par un arrêté d’interdiction.
Après une brève période de retrait par crainte des sanctions, les chauffeurs de citernes ont timidement repris leur ballet macabre, profitant de la détresse ou de la naïveté de certains ménages. Le principal argument de ce commerce informel reste son coût dérisoire : le litre y est bradé à 5 DA, une aubaine financière face aux prix de l’eau minérale en bouteille, qui oscille entre 35 et 50 DA le format de 1,5 litre dans les commerces.
Pourtant, le jeu n’en vaut pas la chandelle, alertent les nutritionnistes et les experts de l’hygiène publique. Le danger de ces citernes roulantes est double : outre l’opacité totale entourant l’origine exacte du liquide, le stockage prolongé de l’eau dans des cuves métalliques ou plastiques exposées aux rayons ardents du soleil crée un véritable bouillon de culture. Faute d’un nettoyage et d’une désinfection périodiques de ces conteneurs, les bactéries et les champignons y prolifèrent à une vitesse fulgurante, transformant ce qui devait être une source de vie, en une menace directe pour la santé publique.
Par : Amina A.











