Bien avant que la chanson algérienne ne trouve sa place sur les grandes scènes internationales, une voix s’élevait des montagnes des Aurès et traversait les frontières. Celle d’Aïssa Djermouni, dont le nom reste indissociable de la poésie chantée chaouie et de l’une des plus belles pages du patrimoine musical national.
Né en 1886 à M’toussa, dans l’actuelle wilaya de Khenchela, Aïssa Merzougui, plus connu sous le nom d’Aïssa Djermouni ou Aïssa L’Jarmouni, grandit dans un univers où les chants, les poèmes et les récits se transmettent de génération en génération. De cette tradition orale, il fera une œuvre. Sa voix puissante, immédiatement reconnaissable, porte aussi bien les élans amoureux que les douleurs de l’exil, les récits héroïques que les blessures d’un peuple profondément attaché à sa terre.
À une époque où la musique populaire se transmet encore essentiellement de mémoire, il fait partie des premiers artistes algériens à enregistrer ses chants sur disque. Ces gravures constituent un tournant décisif : elles permettent à un répertoire jusque-là cantonné aux villages et aux rassemblements des Aurès de voyager bien au-delà de son territoire d’origine, sans rien perdre de sa force ni de son authenticité.
Cette reconnaissance franchit un nouveau cap lorsqu’il se produit à Paris. En 1936, il devient le premier artiste algérien à monter sur la scène de l’Olympia, avant de participer, l’année suivante, à l’Exposition universelle de 1937. Sa prestation révèle au public européen une expression musicale enracinée dans les traditions des Aurès, où la voix dialogue avec le bendir et la flûte dans une intensité qui dépasse les barrières de la langue.
Décédé le 16 décembre 1946 à Aïn Béïda, Aïssa Djermouni demeure l’une des figures fondatrices de la chanson algérienne moderne. Son héritage continue d’inspirer chanteurs, musiciens et poètes, tandis que son œuvre rappelle combien les traditions populaires ont façonné l’identité culturelle du pays.
C’est à cette voix pionnière, devenue symbole d’une mémoire toujours vivante, que s’ouvre cette série consacrée aux grandes figures de la chanson algérienne d’avant l’indépendance. Des artistes dont les noms se sont parfois estompés avec le temps, mais dont les œuvres continuent de raconter une part essentielle de l’histoire culturelle du pays.
Par : Aly D











