Le scandale de cyber-espionnage Pegasus, qui a secoué la scène internationale, prend une tournure nouvelle. Cinq ans après les premières découvertes du consortium Forbidden Stories et d’Amnesty International, de nouvelles investigations basées sur le témoignage exclusif d’un lanceur d’alerte de la DGST (renseignement intérieur marocain), sous le pseudonyme de « Safir », mettent à nu les rouages d’une traque d’État sans frontières et sa chaîne de commandement directe vers le Makhzen.
Selon des informations concordantes, le ciblage massif de plus de 6 000 numéros de téléphone algériens a été directement piloté par le « Bureau 21 », une structure d’élite ultra-secrète de l’appareil sécuritaire marocain. Au cœur de ce dispositif figure Fouad Ali El Himma, le conseiller le plus influent du roi Mohammed VI. Les révélations de « Safir », source sécuritaire marocaine, apportent une précision capitale : si la DGST assurait la mise en œuvre technique de l’outil, elle n’agissait que comme bras exécutant.
Les ordres de ciblage émanaient directement d’El Himma, et fort logiquement du palais Royal et de centres influenst du Makhzen marocain. C’est au sein du « Bureau 21 » que convergeaient l’ensemble des données stratégiques siphonnées, avant d’être transmises à son directeur, voire directement au souverain marocain. Pour l’Algérie, cette offensive relevait d’une entreprise de surveillance industrielle. Une atteinte à la souvranté nationale et une démarche visant les intrerets vitaux du pays. Il faut préciser que L’introduction de Pegasus en 2017 a marqué un tournant technologique pour le Makhzen dans sa politique belliquense envers l’Algérie.
Doté de capacités d’infiltration « zéro-clic », le logiciel de la firme israélienne NSO Group permettait, en effet, d’accéder à l’intimité numérique des cibles via un simple appel manqué, sans la moindre interaction de leur part. Les agents marocains ont d’ailleurs rapidement développé une véritable dépendance à cette interface.
Pourtant, bien avant l’ère Pegasus, le Maroc recourait déjà à des méthodes intrusives sophistiquées, notamment pour réprimer le mouvement populaire dans le Rif. Il procédait par le biais de téléphones pré-infectés, et ce complicité avec des commerces locaux ; des programmes espions étaient injectés dans des appareils neufs, revendus à bas prix aux militants.
Il opérait aussi au moyen de forfaits internet manipulés pour éviter qu’une extraction massive de données n’éveille les soupçons en générant des surcoûts ; la DGST s’arrangeait avec un opérateur pour octroyer, à l’insu des victimes, un accès internet illimité.
Le Maroc utilisait, aussi, massivement le programme de la société Hacking Team, un logiciel italien. Les aspirations massives de données de serveurs entiers avaient fini, selon des médias indépendants, par alerter les ingénieurs italiens eux-mêmes, inquiets de voir leurs outils mener à des incarcérations et des actes de torture.
Violation de la souveraineté des Etats
Après « des années à configurer des infections via RCS et à se rendre sur le terrain, les agents du renseignement intérieur n’ont plus forcément besoin de sortir de leur bureau », écrit Forbidden Stories, repris par TSA. Par ailleurs, NSO fournit une console accessible en ligne, sur un serveur local, qui permet à ses clients de gérer le système ainsi qu’une grande confidentialité pour chaque infection. L’interface de Pegasus rend son utilisation d’une simplicité déconcertante, explique-t-on. « Dès qu’ils ont su qu’il y avait Pegasus, ils l’ont choisi car c’est facile. Et la DGST a toujours préféré le chemin facile », témoigne l’ancien de la DGST.
Rappelons que la frénésie de surveillance marocaine a rapidement brisé les frontières nationales pour intégrer environ 13 000 numéros à travers le monde. Parmi les profils ciblés figuraient de hauts responsables de l’État algérien, des chefs d’État européens — dont le président français Emmanuel Macron et l’ancien Premier ministre belge Charles Michel —, ainsi que des journalistes d’investigation internationaux à l’instar d’Edwy Plenel et Lénaïg Bredoux du média Mediapart. Cette violation flagrante de la souveraineté nationale a, faut-il le souligner, acté le point de non-retour entre Alger et Rabat.
Face à cette agression, couplée aux tensions historiques sur le Sahara occidental occupé et au rapprochement maroco-sioniste, l’Algérie a réagi de manière prompte et radicale. Dès août 2021, Alger annonçait la rupture unilatérale de ses relations diplomatiques avec le Maroc, suivie du blocus total de son espace aérien. Face à la menace invisible, la riposte de l’Algérie s’est immédiatement déployée sur le terrain judiciaire et technologique. Parallèlement au dépôt de plaintes internationales, notamment en France, les services de renseignement et l’Armée nationale populaire (ANP) ont opéré une refonte globale de leur doctrine de sécurité.
Ce tournant vers la souveraineté numérique s’est traduit par la création d’unités militaires dédiées à la guerre électronique, le développement de réseaux de communication cryptés locaux et l’interdiction stricte des smartphones commerciaux lors des réunions stratégiques de l’État. Alors que la firme NSO Group fait face à de lourdes sanctions internationales, l’affaire Pegasus aura définitivement ancré l’Afrique du Nord dans l’ère de la guerre hybride, cristallisant un gel diplomatique total entre l’Algérie et le Maroc.
Par : Akram Ouadah











