Tout le monde en est conscient mais tout le monde salit. Chaque été, les plages du littoral algérien sont envahies par les vacanciers, et avec eux s’installe un constat récurrent : celui d’un espace naturel partagé mais rarement respecté, où les déchets s’accumulent au rythme des journées estivales.
Sur les plages, le décor change radicalement entre le début de matinée et la fin de journée. Le sable se transforme progressivement en surface encombrée de détritus. Restes de repas, sacs plastiques, bouteilles, canettes, barquettes alimentaires et emballages divers s’y accumulent sans que les vacanciers ne jugent nécessaire de les ramasser avant de partir.
La mer, le soleil… et la pastèque
Dans les sites les plus fréquentés, notamment ceux proches des grandes villes, le phénomène prend une ampleur encore plus visible. Les journées de forte affluence laissent place à un véritable champ de déchets à ciel ouvert. Certains endroits donnent même l’impression d’une absence totale de gestion des déchets, alors qu’il s’agit avant tout d’une accumulation de comportements individuels répétés. À ces déchets classiques s’ajoutent des objets plus préoccupants sur le plan sanitaire, comme les couches culottes, mouchoirs ou déchets hygiéniques abandonnés directement sur le sable. Ces éléments, en plus d’être choquants visuellement, posent de réels risques pour la santé publique et la qualité de l’environnement immédiat.
Un autre phénomène, moins visible mais tout aussi destructeur, concerne les débris issus des travaux de construction ou de rénovation de cabanons estivaux. Sur certaines portions du littoral, des gravats, planches de bois, sacs de ciment et ferrailles sont laissés sur place après les chantiers. Ces dépôts sauvages contribuent à une artificialisation progressive des plages et dénaturent des espaces pourtant publics et fragiles.
Un impact direct sur l’image touristique
Les conséquences de cette pollution sont préoccupantes. Les déchets organiques attirent insectes et animaux errants, tout en accélérant la dégradation des conditions d’hygiène sur les plages. En période de forte chaleur estivale, leur décomposition peut également altérer la qualité de l’eau de baignade, ce qui représente un risque supplémentaire pour les estivants.
Au-delà de l’environnement, c’est aussi l’image touristique du pays qui se trouve affectée. Les plages constituent l’un des principaux atouts de l’Algérie en période estivale. Leur dégradation visuelle et sanitaire peut décourager les visiteurs et réduire l’attractivité de certaines destinations côtières.
Ce phénomène met également en lumière un problème de civisme largement dénoncé. Beaucoup de vacanciers reconnaissent l’importance de préserver les lieux, mais cette conscience reste souvent sans effet concret. Le geste individuel de jeter ses déchets semble encore trop souvent déconnecté de ses conséquences collectives.
Les autorités locales tentent de répondre par des opérations de nettoyage régulières, parfois appuyées par des associations ou des bénévoles. Mais ces initiatives restent temporaires face à la répétition quotidienne des dépôts sauvages. L’absence de sanctions réellement appliquées renforce par ailleurs un sentiment d’impunité. Sans contrôle visible ni dissuasion effective, les comportements inciviques se reproduisent, saison après saison.
Reste que, sur le terrain, c’est surtout à la fin de la journée que le constat s’impose, lorsque les plages se vident et que le sable garde les traces d’une fréquentation trop peu soucieuse de son passage.
Au fil des saisons, le littoral continue ainsi de raconter une même histoire, entre la beauté intacte des paysages marins et une fréquentation estivale qui laisse derrière elle des cicatrices de plus en plus visibles. Année après année, les plages se ressemblent dans ce contraste.
Par : Aly D









