Plus qu’un simple film historique, « Echahed » se présente comme une véritable enquête visuelle sur l’un des monuments les plus anciens et les plus singuliers d’Algérie. Réalisé par Abderahim Merah à partir des recherches de Mohamed Nadir Chellali et porté par la voix de Yacine Dada, le film mobilise les outils du cinéma, de l’archéologie et des technologies numériques pour faire redécouvrir la mosquée Sidi Abou Marouane Cherif d’Annaba.
Immersion dans le passé
Au centre du projet figure un important travail de restitution. Grâce à la modélisation tridimensionnelle, à l’intelligence artificielle et à des techniques avancées de traitement de l’image, le documentaire reconstitue certaines parties du monument aujourd’hui disparues ou profondément transformées. Cette approche permet au spectateur de parcourir les lieux tels qu’ils auraient pu se présenter il y a près de mille ans, en s’appuyant sur des archives, des plans anciens, des témoignages historiques et l’expertise d’archéologues, d’architectes et de spécialistes de la restauration du patrimoine.
Le film met en lumière un édifice exceptionnel. Construite en 1033, la mosquée Sidi Abou Marouane Cherif est considérée comme la plus ancienne mosquée d’Annaba et l’une des plus anciennes d’Algérie. Classée au patrimoine national, elle demeure l’un des principaux témoins de l’histoire urbaine et religieuse de la ville.
L’un des aspects les plus développés par le documentaire concerne les spécificités architecturales du monument. La mosquée est en effet associée à l’ancien ribat aujourd’hui disparu. Son minaret, conçu selon une logique défensive propre aux fortifications religieuses, constitue l’un de ses traits les plus remarquables. Le réalisateur estime que plusieurs éléments de cette architecture ne trouvent pas d’équivalent dans le monde islamique, ce qui confère au site une valeur patrimoniale particulière.
« Echahed » revient également sur les nombreuses transformations subies par l’édifice au fil des siècles. Le monument a connu des altérations importantes durant la période coloniale française. Un étage supplémentaire fut notamment ajouté à la structure, tandis que deux coupoles considérées comme rares dans l’architecture islamique furent supprimées. D’autres éléments ont disparu plus tard, notamment à la suite de l’explosion du navire Alexandrie dans le port d’Annaba après l’indépendance.
Le documentaire évoque aussi des épisodes moins connus de l’histoire du lieu. Durant la période coloniale, la mosquée fut transformée en hôpital militaire, un épisode auquel le film consacre une attention particulière. Il s’intéresse également aux différentes fonctions qu’a remplies ce complexe religieux et militaire depuis sa fondation il y a près de dix siècles.
Tourné entre Annaba et Tlemcen en Algérie, ainsi qu’à Kairouan et Sousse en Tunisie, « Echahed » élargit son propos à l’échelle maghrébine. À travers une comparaison entre plusieurs monuments religieux, il met en évidence les liens historiques, culturels et architecturaux qui ont façonné les deux pays.
Réunissant historiens, chercheurs et architectes, le documentaire revendique une dimension scientifique assumée. Traduit en anglais par l’Institut des langues FDS, il entend également devenir un support de travail pour les spécialistes de l’histoire, de l’archéologie et de l’architecture. Bien au-delà de la simple valorisation patrimoniale, « Echahed » propose ainsi une lecture approfondie d’un monument dont les pierres continuent de raconter près de mille ans d’histoire. A voir absolument.
Par : Aly D









