Phénomène social par excellence, l’engouement pour les cours parallèles est une nouvelle tendance à Jijel, devenant un fléau aussi inquiétant qu’intrigant. Perçu par certains comme une dérive scolaire, il s’impose, par son ampleur, comme une nouvelle réalité de l’enseignement parallèle.
Sans être inscrit à l’ordre du jour, le débat autour de ce phénomène s’est invité à la rencontre du wali avec la presse, tenue la semaine passée et consacrée au secteur de l’Education à Jijel. Ahmed Meguellati, premier responsable de la wilaya, et Saad Kisra, directeur de l’Education, se sont ainsi laissés entraîner sur un sujet qui s’apparente à un tabou et qui échappe à tout contrôle.
Soulevant ce problème, qui se pose avec acuité dans un secteur éducatif totalement dépassé par cette tendance, des journalistes ont vainement tenté d’obtenir des réponses à ce sujet. Toutefois, les deux responsables ont pointé du doigt la responsabilité des parents, qui se laissent faire face aux caprices de leurs enfants scolarisés.
Le sujet est d’autant plus intriguant qu’il n’épargne aucun palier de l’éducation, du primaire au secondaire, en passant par le cycle moyen. Le constat est tel que des parents n’hésitent pas à confier leurs enfants âgés d’à peine 3 ans à des cours de préscolaires parallèles.
Premier responsable du secteur, le directeur de l’Education n’a pas trouvé d’explication convaincante à ce phénomène, si ce n’est le constat d’une situation qui dépasse tout entendement. «Dans certaines wilayas, les élèves désertent les cours dans leurs établissements dès le mois de novembre», a-t-il déclaré, comme pour minimiser l’ampleur de ce phénomène à Jijel.
Déplorant le boycott des cours de soutien inscrits au programme durant les vacances, il s’étonne que les élèves qui s’absentent de ces cours se bousculent dans les garages pour suivre des cours payants. «Ils ne viennent pas (les élèves)», s’est-il exclamé en réponse à une question concernant le boycott de ces cours.
Son étonnement face à ce constat est tel qu’il fait remarquer que les meilleurs enseignants sont boudés dans leurs établissements, alors qu’ils se retrouvent face à des groupes surchargés dans les garages. Le comble est que l’engouement pour ces cours n’épargne aucune famille.
Qu’elles soient riches, pauvres ou de condition sociale modeste, ces familles consacrent désormais un budget conséquent à ces cours, souvent dispensés dans des hangars sans commodités, selon les constats établis.
Dans toutes les agglomérations de la wilaya, ce phénomène, qui fait des émules et s’étend même aux zones rurales jusque-là épargnées, a pris une ampleur considérable, alors que ses résultats restent encore à prouver. «Les meilleurs élèves, à l’image de la jeune fille qui a obtenu la meilleure moyenne au baccalauréat lors de la session précédente, ne suivent pas ces cours», a fait remarquer le directeur de l’Education.
À El Milia, l’élève le plus brillant du CEM Ettahdib, en l’occurrence Boudemia Zakaria, qui n’a jamais pris part à ces cours, s’est classé premier à l’examen du BEM lors de la dernière session. Son père, pharmacien de profession, s’y oppose d’ailleurs catégoriquement. «Jamais mes enfants n’iront dans ces garages», ne cesse-t-il de proclamer.
À ce jour, il est resté fidèle à sa promesse et ses enfants figurent parmi les meilleurs élèves de leurs établissements. Certains parents sont néanmoins d’un tout autre avis et font tout pour que leurs enfants ne ratent pas ces «cours des garages». Pour cela, ils dépensent sans compter afin de couvrir les frais de ces études. Face à cette situation, les lycées se vident pratiquement de leurs élèves de troisième année secondaire dès le deuxième trimestre, voire même avant.
Tous iront alors remplir des garages où ils se bousculent dans des groupes surchargés. Pour les autres niveaux, ces garages se remplissent davantage à l’approche des examens, notamment pour les révisions. Le phénomène n’épargne pas non plus les cycles moyen et primaire, faisant le bonheur de certains enseignants qui se lancent dans ces cours lucratifs.
Les diplômés universitaires sans emploi y trouvent également leur compte en dispensant des cours moyennant des contreparties financières plus abordables. Ainsi, sous couvert d’associations ou d’écoles de langues, pompeusement appelées «académies», certains ouvrent des espaces pour enseigner toutes les matières. S’il n’est pas jugulé, ce phénomène déjà incontrôlable risque de poser un sérieux problème pour le secteur éducatif. Pendant ce temps, les pouvoirs publics s’efforcent d’offrir aux élèves les meilleures conditions de scolarité possibles.
La réalisation de nouveaux établissements plus modernes et la rénovation d’autres afin de les adapter à ces exigences constituent un constat indéniable. Sauf que les parents semblent avoir un avis contraire, en optant pour des cours dispensés dans des conditions jugées anti-pédagogiques, dans des garages et des hangars surchargés.
Par : Amor Z












