Figues, huile d’olive et miel : ces trésors du terroir, longtemps accessibles et présents sur toutes les tables, voient aujourd’hui leurs prix s’envoler.
Entre rareté croissante, circuits commerciaux informels et produits falsifiés, ces incontournables de la gastronomie locale deviennent difficiles d’accès pour de nombreux foyers, révélant un décalage inquiétant entre patrimoine culinaire et pouvoir d’achat.
Ce patrimoine reste handicapé par l’absence d’un marché régulé. Les consommateurs se retrouvent souvent pris dans un réseau informel basé sur le bouche-à-oreille, particulièrement pour l’huile d’olive et le miel, sans garantie d’authenticité ni de prix. Cette désorganisation limite la visibilité des efforts de développement et rend ces produits de plus en plus difficiles à atteindre pour la majorité des ménages.
Figues sèches : quand la tradition se fait précieuse
Autrefois omniprésentes dans les foyers, les figues sèches se négocient aujourd’hui entre 1 500 et 2 500 dinars le kilogramme. Ce contraste surprend les consommateurs, qui peinent à comprendre pourquoi un fruit si traditionnel est devenu aussi cher. La hausse des prix résulte de la baisse de la production et de l’absence de circuits commerciaux clairs, laissant les acheteurs naviguer entre petits producteurs et revendeurs sans visibilité. Ce fruit, jadis symbole de générosité et de partage familial, s’éloigne peu à peu des tables des foyers modestes.
Huile d’olive : un souvenir gustatif ?
L’huile d’olive, pilier de la cuisine algérienne, connaît, elle aussi, une flambée des prix. Comme pour le miel, l’huile d’olive de qualité est désormais destinée dans beaucoup de foyers, exclusivement aux soins. Et pour cause, le litre dépasse 1 400 dinars dans certaines régions, tandis que le tarif moyen reste autour de 1 000 dinars, sans garantie de qualité. Les plateformes de vente en ligne confirment cette tendance, avec des prix oscillant entre 700 et 1 500 dinars le litre. Cette hausse s’explique par une récolte 2024/2025 affectée par les conditions climatiques et par l’inflation générale. Pour de nombreuses familles, l’huile d’olive, autrefois présente sur toutes les tables, devient un marqueur social, symbole d’inégalités et de rareté.
Miel : le luxe doré
Autrefois dégusté avec générosité, notamment en galette, le miel s’est aujourd’hui transformé en produit rare et cher pour l’Algérien moyen. Devenu presque exclusivement un recours thérapeutique, utilisé contre les maux de gorge ou de saison, ce nectar naturel a perdu son statut d’aliment populaire. Sur les marchés, le miel se négocie entre 5 000 et 10 000 dinars le kilogramme selon la variété. Le miel toutes fleurs se situe dans la fourchette basse, tandis que le réputé miel de jujubier atteint des tarifs vertigineux.
L’achat est compliqué par la présence de produits falsifiés, mélangés au sucre ou au sirop de glucose, qui brouillent la confiance des consommateurs. La consommation annuelle plafonne à 176 grammes par habitant, selon l’Institut technique des élevages. Bien que ce miel soit souvent jugé supérieur aux miels importés, il demeure un produit de luxe, réservé aux usages thérapeutiques ou aux grandes occasions.
Sans structuration solide des filières ni régulation des marchés, ces produits emblématiques du terroir risquent de rester hors de portée de la majorité des Algériens. La cherté s’installe, et avec elle, un décalage croissant entre le patrimoine culinaire et le pouvoir d’achat local. Sans action, ces trésors du terroir risquent de rester longtemps hors de portée de la majorité des familles, reléguant des siècles de traditions au rang de souvenirs.
Par : Aly D









