À Ghardaïa, un vaste programme de sauvegarde patrimoniale redonne vie aux cités oasiennes historiques de la vallée du M’zab.
Finis les murs lézardés et les ruelles dégradées. Dans la wilaya de Ghardaïa, 1995 habitations traditionnelles ont été restaurées dans le cadre d’un ambitieux programme de réhabilitation. Financé à hauteur d’un milliard de dinars, ce chantier patrimonial d’envergure vise à préserver l’urbanisme ancestral des ksour tout en améliorant les conditions de vie des habitants.
L’initiative concerne l’ensemble des huit ksour historiques de la région, dont certains remontent au XIe siècle. Ces cités aux maisons d’argile et aux ruelles labyrinthiques sont l’expression tangible d’un art de bâtir unique, adapté aux contraintes du désert et profondément enraciné dans la culture ibadite.
Un chantier mené avec méthode et concertation
Pilotée par le secteur du logement en coordination avec l’Office de protection de la vallée du M’zab (OPVM), la direction de la culture, les collectivités locales et plusieurs bureaux d’études spécialisés, l’opération a été précédée d’un diagnostic technique approfondi. Architectes spécialisés, maîtres artisans et représentants de la société civile ont été associés à toutes les étapes du processus.
La restauration a concerné 804 habitations à Ghardaïa, 455 à Mélika, 208 à Berriane, 203 à El-Atteuf, 185 à Béni-Isguen, 82 à Guerrara, 41 à Bounoura et 17 à Métlili. Outre la remise en état des logements eux-mêmes, les travaux ont inclus la réhabilitation des façades, des passages, des ruelles, et des accès, contribuant ainsi à embellir le tissu urbain des vieux quartiers.
Préserver l’authenticité, raviver la mémoire
Pour garantir la fidélité architecturale des interventions, seuls des matériaux traditionnels ont été utilisés : pierre, argile, troncs de palmier et mortier de chaux. Les travaux ont été confiés à des artisans locaux, garants de techniques anciennes transmises de génération en génération. « C’est tout un savoir-faire que nous valorisons à travers cette opération », souligne un responsable de l’OPVM.
Ce projet ne se limite pas à une logique de conservation statique. Il s’inscrit dans une stratégie globale de valorisation des cités oasiennes, classées patrimoine culturel national, et ambitionne de faire de la vallée du M’zab un pôle de tourisme durable. En restaurant les bâtisses, les autorités entendent favoriser l’émergence d’un tourisme culturel respectueux de l’environnement et des identités locales.
À travers cette démarche, Ghardaïa ne restaure pas uniquement des murs, mais redonne souffle à une mémoire urbaine. Les ksour ne sont pas des musées à ciel ouvert : ce sont des espaces habités, vivants, porteurs d’un mode de vie et d’un équilibre social qu’il s’agit de préserver. La réhabilitation renforce ainsi le sentiment d’appartenance des habitants tout en inscrivant leur cadre de vie dans une dynamique de développement.
Par cette volonté de concilier sauvegarde patrimoniale et attractivité territoriale, la vallée du M’zab s’impose comme un exemple de réhabilitation intelligente, où la tradition devient moteur de modernité.
Par : R.C









