Les retraités occupant les logements de fonction relevant du secteur de la Formation professionnelle dans la wilaya d’Annaba ont organisé, dans la matinée d’avant-hier, dimanche, un sit-in devant le siège de la wilaya. Cette action vise à alerter les autorités locales sur l’urgence de stopper les procédures d’expulsion engagées à leur encontre, après plus d’un demi-siècle d’occupation continue de ces logements situés dans plusieurs centres de formation, tels que le CFPA Belaïd Belkacem, le CFPA Oued Koba, le Centre de formation Didouche Mourad, ainsi que l’INSFP du même nom.
Deux représentants des manifestants ont été reçus par le chef de cabinet de la wilaya, tandis qu’une rencontre a également eu lieu avec le directeur de la Formation professionnelle. Ce dernier leur a assuré qu’il suivrait le dossier auprès du ministère de tutelle, notamment en ce qui concerne le droit de cession.
Les manifestants, parmi lesquels se trouvent des veuves, des âgés, brandissent des documents et expriment leur désarroi. Pour eux, ces logements représentent bien plus qu’un simple toit. «C’est notre seul refuge stable, le cadre de vie de nos familles depuis des décennies», explique un retraité présent sur les lieux. Ils insistent sur le fait d’avoir occupé ces logements en parfaite légalité, selon les lois en vigueur, et d’avoir scrupuleusement payé leur loyer aux services des Domaines de l’État. Il est à noter que ces logements, souvent situés en dehors des sièges des établissements, ont longtemps été tolérés en tant qu’avantage accordé aux fonctionnaires. Certains d’entre eux, pour y vivre décemment, ont même pris l’initiative de rénover les logements à leurs frais, en refaisant la faïence, les sanitaires et d’autres installations, car il s’agit de bâtisses anciennes et dégradées.
Le timing des décisions d’expulsion a particulièrement choqué les familles. Elles coïncident avec une période déjà très éprouvante : le mois du Hajj (pèlerinage), les préparatifs de l’Aïd El Adha, et la tenue des examens cruciaux du Brevet d’Enseignement Moyen (BEM) et du Baccalauréat. «Cette pression supplémentaire dans un tel contexte aggrave considérablement notre détresse psychologique et sociale», témoigne uneveuve.
Les manifestants demandent un gel des expulsions et la relance urgente de l’examen de leurs dossiers. Leur demande s’appuie sur une base juridique solide. En 2015, une correspondance officielle (n°62 du 14/07/2015, signée par le Secrétaire général du ministère) a, pourtant, enjoint toutes les wilayas du pays à appliquer les procédures de cession au profit des occupants légitimes des logements de fonction. En 2018, une plainte collective a été déposée auprès du ministère, réitérant la demande de finalisation des procédures. La réponse, dans une correspondance n°1084 du 10/12/2018, précisait que l’affaire de cession de ces logements de fonction, qui sont affiliés aux Domaines de l’Etat, n’a pas été tranchée par le ministère de tutelle à travers toutes les wilayas. Malgré les assurances données par le directeur de la Formation professionnelle, quant à son engagement à suivre ce dossier, la situation demeure floue. Pour les retraités concernés, c’est désormais un “wait and see” angoissant qui s’installe.
Par : Ikram Saker









