Dans un monde en proie à une crise hydrique future, l’Algérie trace sa voie vers l’autonomie en eau. Dessalement, modernisation des infrastructures, valorisation des savoir-faire ancestraux : portée par une volonté politique forte et un tissu d’expertises locales, une véritable révolution bleue est en cours.
Le pays mise également sur la diversification des ressources. Outre le dessalement, l’État investit dans la réutilisation des eaux usées traitées, les transferts hydrauliques entre régions et la construction de nouveaux barrages. L’objectif est de sécuriser durablement l’approvisionnement en eau dans toutes les régions, urbaines comme rurales.
L’Algérie s’impose comme l’un des rares pays méditerranéens à transformer la contrainte en opportunité. En moins de cinq ans, le pays s’est hissé parmi les champions de la gestion hydrique durable grâce à une politique résolument tournée vers l’innovation, l’investissement et la souveraineté.
Derrière cette dynamique, une impulsion présidentielle claire : celle du chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, qui a fait de la sécurité hydrique une priorité nationale. Sous sa direction, l’Algérie a adopté une stratégie plurielle, misant à la fois sur l’exploitation des ressources naturelles et l’utilisation de technologies avancées, avec en toile de fond une gouvernance renforcée.
Le dessalement, cœur battant de la politique hydrique
Symbole le plus visible de cette mue : le recours massif au dessalement de l’eau de mer. En l’espace de 26 mois, cinq mégastations ont été érigées dans les wilayas côtières d’El Tarf (Koudiet Draouche), Boumerdès (Cap Djinet), Tipasa (Fouka), Oran (Cap Blanc) et Béjaïa (Tighremt Toudja). D’une capacité unitaire de 300 000 m³ par jour, ces infrastructures ont nécessité environ 2,4 milliards de dollars d’investissements.
Mais la prouesse ne s’arrête pas là. Ces usines ont été réalisées avec des compétences 100 % algériennes. De la conception à la mise en service, des entreprises comme Cosider, GCB ou Sonatrach ont assuré le pilotage de bout en bout. Le taux d’intégration des produits locaux atteint désormais 30 %, une première dans l’histoire du dessalement national.
Avec l’entrée en service de ces unités, la capacité nationale de production d’eau potable est passée de 2,2 à 3,7 millions de m³ par jour. La part du dessalement dans la satisfaction de la demande est désormais de 42 %, contre seulement 20 % auparavant. Et l’ambition ne s’arrête pas là : six autres stations sont attendues à l’horizon 2026 dans les wilayas de Skikda, Jijel, Tizi Ouzou, Chlef, Mostaganem et Tlemcen pour arriver à un taux de couverture de 62% hors nappe phréatique
Des infrastructures hydrauliques modernisées et interconnectées
Le plan de bataille ne se limite pas au littoral. Dans l’arrière-pays, un vaste programme de modernisation et d’interconnexion des infrastructures hydrauliques est en marche. Près de 900 milliards de dinars ont été mobilisés pour renforcer la résilience du système national.
Parmi les projets structurants : huit grands transferts hydrauliques, le raccordement des stations de dessalement aux réseaux de distribution, la construction de six nouveaux barrages pour une capacité globale de 642 millions de m³, ou encore le mégaprojet de transfert des eaux souterraines de Guetrani vers Béchar, Abadla et Kenadsa (80 000 m³/jour).
À cela s’ajoutent plus de 1 200 puits d’approvisionnement, 19 systèmes de filtration, 11 stations réhabilitées, et 1 103 kilomètres de réseaux d’assainissement rénovés. C’est toute l’architecture hydrique nationale qui est repensée.
L’épuration et la réutilisation des eaux usées : un modèle régional
Face à l’impératif de rationalisation des ressources, l’Algérie a su faire de l’épuration et de la réutilisation des eaux usées un levier majeur. En 2024, plus de 600 millions de m³ d’eaux usées ont été traitées. À terme, les capacités théoriques pourraient excéder un milliard de m³ par an, grâce à l’extension des installations existantes.
L’approche se veut résolument durable. Les ingénieurs algériens travaillent activement à réduire l’empreinte écologique des stations, avec l’optimisation énergétique, la récupération de chaleur, l’utilisation de l’énergie solaire et le traitement écologique des rejets salins. Une approche intégrée qui transforme un problème environnemental en solution économique et écologique.
L’eldorado souterrain : la nappe albienne, trésor du Sahara
Mais le véritable joyau de l’Algérie bleue repose sous les sables du Grand Sud. La nappe albienne — la plus grande réserve d’eau fossile au monde — couvre plus d’un million de km², dont 70 % en territoire algérien. Elle recèle un volume estimé à 50 000 milliards de m³, un patrimoine hydrique colossal que le pays exploite avec précaution pour alimenter ses oasis et ses projets agricoles sahariens.
Cette eau, formée il y a près de 100 millions d’années, pourrait subvenir aux besoins de l’Algérie pour des millénaires si elle est exploitée de manière durable. Elle constitue un atout géostratégique unique, capable de soutenir le développement du Grand Sud tout en renforçant la sécurité alimentaire.
Vers un nouveau modèle de gouvernance hydrique
L’Algérie affronte l’un des plus grands défis du XXIe siècle : sécuriser ses ressources en eau dans un contexte de réchauffement, de pressions multiples et de croissance urbaine. De la valorisation des savoir-faire ancestraux comme les foggaras à la construction d’usines de dessalement à la pointe de la technologie, le pays esquisse les contours d’une nouvelle gouvernance de l’eau.
Une gouvernance fondée sur l’autonomie technologique, la diversification des sources, la protection des écosystèmes et l’intégration des territoires. Une gouvernance qui anticipe les crises au lieu de les subir.
Dans un monde qui se dessèche, l’Algérie ouvre une voie bleue. En conjuguant innovation, urgence et vision, elle montre qu’une autre politique de l’eau est possible. Et pose une question essentielle : la sécurité en eau ne serait-elle pas, demain, le socle de la souveraineté des nations. L’Algérie, laboratoire méditerranéen de la résilience hydrique, avance à grands pas. Sa révolution bleue est en marche. Et elle ne s’arrêtera pas !
Par : Aly D









