À la veille de la Nakba, des milliers d’Algériens vivaient en Palestine, héritiers d’un exil ancien remontant à la colonisation française. En 1948, la création d’Israël bouleverse leur destin : expulsés, combattants ou réfugiés, ces oubliés de l’histoire subissent une seconde déchirure, cette fois loin de leur terre natale.
Avant même la fin du XIXe siècle, plusieurs centaines d’Algériens, notamment issus de la Kabylie ou de l’Ouest du pays, avaient trouvé refuge en Palestine. Ces exilés s’étaient installés dans les villes de Jérusalem, Jaffa, Tibériade et Safed, ainsi que dans des villages comme Deishum, Kafr Sabt, Mazar ou Samakh, en Galilée. Nombre de ces familles vivaient de l’élevage, de la culture d’oliviers, de légumes ou de fruits, tout en gardant des liens vivaces avec leur terre d’origine.
En 1947, on estime à plus de 6 000 le nombre d’Algériens installés en Palestine. Mais la guerre qui s’annonce, puis l’exode massif des Palestiniens, va précipiter leur destin.
Le 16 avril 1948, le village de Hawsha, peuplé majoritairement d’Algériens, est attaqué par la Haganah. La majorité de ses 450 habitants est contrainte à la fuite : certains trouvent refuge au Liban, en Syrie ou à Shefa’Amr, d’autres finissent dans des camps comme celui de Jénine ou de Mia-Mia.
Pour ces familles déjà marquées par un premier exil depuis l’Algérie coloniale, la Nakba représente un arrachement supplémentaire. À Ghaza, un autre réfugié, Mustafa Ben Taieb el Manoussi, raconte comment il a été chassé de Jaffa avec sa famille, vivant désormais dans la misère au camp de Al-Bureij. Face à l’avancée des forces israéliennes, certains Algériens de Palestine prennent les armes. Dans des villages comme Samakh ou Dayshum, des cellules de résistance se forment, menant des attaques rudimentaires mais symboliques contre les forces sionistes. Des figures comme Mohamed Assalah, Said Assalah ou Moh Djamaa deviennent les premiers martyrs algériens de la lutte palestinienne, tombant à Ouadi Âarouce ou Ras Al-Marj. Mais l’issue du conflit est sans appel : le 30 octobre 1948, leurs villages sont pris, détruits, et les survivants définitivement expulsés.
Ces Algériens, d’abord exilés de leur pays au XIXe siècle, deviennent en 1948 des réfugiés palestiniens, installés au Liban, notamment dans le camp de Nahr Al-Barid, ou dispersés en Syrie. Si la guerre d’Algérie affaiblit les échanges avec la terre natale, l’indépendance acquise en 1962 ouvre la voie à un retour symbolique. Quelques familles rentrent alors en Algérie, souvent dans les villages que leurs aïeux avaient quittés un siècle plus tôt. D’autres conservent précieusement des lettres ou des souvenirs, traces d’un lien jamais rompu.
L’histoire de la communauté algérienne de Palestine raconte une expérience unique, à la croisée des luttes anticoloniales, de l’exil et de la solidarité. Elle éclaire aussi une dimension méconnue de la Nakba : celle d’un peuple solidaire des Palestiniens, mais qui, lui aussi, a tout perdu dans les flammes de 1948.
Par : Aly D









