Dans le secteur du bâtiment et des services, une bonne partie des travailleurs est sans couverture sociale, leurs salaires sont versés à doses homéopathiques, sinon impayés. Les mesures d’hygiène et de sécurité n’y sont pas de rigueur et les dossiers des victimes des accidents de travail se perdent dans les dédales des procédures administratives. Dans le secteur de l’agriculture, la situation n’est pas meilleure et les localités lointaines sont considérées comme des zones de non-droit par excellence. Voici un témoignage: ”Là où je vais pour travailler, je me retrouve face à des propriétaires terriens opulents et bien introduits qui ne lésinent aucunement sur les moyens pour imposer leur propre loi. Après des mois de dure labeur, les alibis pour maintenir l’employé en haleine ne manqueront jamais et la totalité de son dû demeure négociable”.
Le transport des marchandises auprès des entreprises privées, la restauration et les professions libérales comptent aussi leur lot d’infractions répertoriées plus haut. Sid-Ali travaille dans une boulangerie où il assure plus de dix heures de présence pour un modique salaire de 18.000 DA. Sans congé et sans week-end, il ne peut prétendre à un arrêt de travail sous peine de voir ses mensualités réduites à moitié. ”Je suis conscient de cette exploitation, mais je n’y peux rien car je ne vois pas de meilleures perspectives chez les autres employeurs”, a-t-il avoué. Les entreprises du bâtiment ne dérogent pas à cette règle et les innombrables situations litigieuses en disent long sur l’idée que se font certains employeurs de leurs rapports avec les travailleurs. Leur plus grand tort a été résumé par l’architecte Nouredine G. dans les propos suivants: ”Le bâtiment est capable, à lui seul, de résorber un grand nombre de chômeurs de la wilaya pour peu que l’on sache mettre à profit les opportunités de création de postes d’emploi directs et indirects de ce secteur. Et pourtant, ce sont ceux-là mêmes, qui déplorent un manque dans la main d’œuvre, qui sont à l’origine de cette situation à cause des droits bafoués et des procédés contraires à la loi qu’ils tentent vainement d’imposer”.
Approché par Le Provincial, Amar Berrigue, président de wilaya de la Confédération Générale du Patronat- Union Générale des Entrepreneurs Algériens, a déclaré ceci : ”Je crois que nos employeurs ont évolué, dans leur majorité, vers une meilleure gestion des carrières de leurs employés. La volonté de se conformer aux textes légaux est présente chez la quasi-totalité de nos adhérents. Notamment, pour ce qui est du paiement des salaires, nous n’avons eu affaire à aucun cas avéré même en période de crise sanitaire du coronavirus. Nous comptons parmi nous des entrepreneurs qui ont vendu leur matériel pour couvrir la masse salariale.
Notre corporation est, toutefois, confrontée à un sérieux problème que certaines parties tentent d’occulter. Il s’agit de ces travailleurs qui perçoivent une allocation-chômage de 15.000 DA et qui refusent d’être déclarés aux assurances sociales. Pour faire bonne foi, nous en avons informé les instances de contrôle”. Le même président refuse de parler dans l’absolu et reconnait l’existence de quelques entrepreneurs et promoteurs qui font fi des lois.
Sauf que ces cas isolés sont loin de représenter le reste des employeurs. Une source très au fait de ce dossier a creusé profond dans ce problème. “Aux cités Mezghiche et Laâlaouia, des commerces, des ateliers, des manufactures… exercent leurs activités dans l’informel, sans registre de commerce et sans dossier fiscal. On y emploie au noir hommes, femmes et enfants”, a indiqué la même source.
Par : Abderrahmane.D












