La prise en charge des cancers de l’enfant s’est nettement améliorée en Algérie, mais ces progrès restent inégalement accessibles, notamment pour les tumeurs osseuses et les adolescents de plus de 15 ans.
Un enfant atteint de cancer peut aujourd’hui être traité en Algérie pour des pathologies qui nécessitaient encore, il y a quelques années, une prise en charge à l’étranger. Le rétinoblastome, notamment, illustre cette évolution : jusqu’en 2016, les formes nécessitant un traitement conservateur, destiné à préserver l’œil et la vision, étaient orientées vers l’étranger. Depuis, ces soins sont réalisés localement. La radiothérapie pédiatrique a elle aussi été intégrée à un dispositif permettant l’irradiation des enfants conventionnés.
Ces avancées ne doivent toutefois pas masquer les difficultés qui subsistent. C’est le constat présenté par la Pr Fatiha Guachi, chef du service d’oncologie pédiatrique du CHU Bab El Oued, au deuxième jour du congrès international du patient atteint de cancer organisé par la Fédération algérienne des associations de patients atteints de cancer (FAAPAC).
Une maladie rare, mais particulièrement agressive
Le cancer de l’enfant est environ cent fois moins fréquent que celui de l’adulte. Cette faible incidence le classe parmi les maladies dites orphelines. Il n’en reste pas moins la première cause d’hospitalisation en pédiatrie et de décès chez l’enfant. Avant 15 ans, les cancers observés sont principalement des tumeurs embryonnaires, notamment les leucémies, les lymphomes et les tumeurs cérébrales, et non les carcinomes qui touchent plus fréquemment des organes chez l’adulte.
La maladie évolue également à des rythmes très différents. Chez l’enfant, quelques jours peuvent suffire à modifier considérablement la situation clinique, alors que l’évolution des cancers de l’adulte se mesure davantage en mois. Pourtant, cette agressivité s’accompagne d’un potentiel de guérison nettement plus élevé pour plusieurs pathologies, avec des taux dépassant 80 %. La spécialiste rappelle par ailleurs que les causes ne sont pas les mêmes que chez l’adulte. L’environnement n’est pas considéré comme le principal facteur en cause dans les cancers pédiatriques, les prédispositions génétiques occupant une place beaucoup plus importante.
De nouveaux services et des chiffres désormais disponibles
Pendant longtemps, l’Algérie ne disposait que d’un seul établissement prenant en charge les cancers pédiatriques, l’EHS Émir Abdelkader de Misserghin, à Oran. Le paysage a depuis profondément changé. Des services d’oncologie pédiatrique ont été ouverts à Mustapha-Pacha, Batna, Oued Souf et Draâ Ben Khedda, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Des unités périphériques existent par ailleurs à Alger, Aïn Taya, Constantine, Annaba, Tizi Ouzou et Blida. La connaissance de la maladie s’est également améliorée avec la création, en 2018, du Registre national des cancers de l’enfant et de l’adolescent par l’Institut national de santé publique.
Le dernier bulletin, publié en 2023, recensait 902 nouveaux cas, dont 386 chez les moins de 15 ans et 178 chez les 15-19 ans. Les cancers pédiatriques représentaient 1,6 % de l’ensemble des cancers enregistrés au niveau national, avec les lymphomes, les leucémies et les tumeurs cérébrales en tête.
Les tumeurs osseuses restent un point faible
La progression du dispositif n’a cependant pas supprimé les disparités. La chirurgie des tumeurs osseuses constitue notamment l’un des principaux points de blocage. Un seul service, à Mustapha, prend actuellement en charge ces interventions chez l’enfant. Ailleurs, l’absence de matériel adapté et de prothèses spécialisées empêche les équipes d’orthopédie d’assurer ces opérations.
Le problème est d’autant plus préoccupant que ces tumeurs sont parfois diagnostiquées tardivement, leurs premiers signes pouvant être confondus avec une fracture banale. Le retard de diagnostic peut alors compliquer la prise en charge. La radiothérapie a, pour sa part, bénéficié d’une évolution du cadre de prise en charge. Une convention entre la Commission nationale de lutte contre le cancer et la CNAS permet désormais d’irradier les enfants conventionnés. Une avancée qui a permis de mieux intégrer la radiothérapie pédiatrique dans le parcours de soins, alors qu’elle était auparavant largement absorbée par les flux de patients adultes.
Après 15 ans, le parcours se complique
L’un des principaux angles morts concerne enfin les adolescents. À partir de 15 ans, ces patients sortent du champ de la pédiatrie, alors même que leur cancer peut rester une pathologie typiquement pédiatrique. Cette limite crée une difficulté de prise en charge : certains services pour adultes les considèrent comme trop jeunes, tandis que les services pédiatriques ne peuvent plus toujours les conserver.
La Pr Guachi indique demander chaque année une dérogation ministérielle afin de repousser cette limite à 18 ou 19 ans. Une demande qui, jusqu’à présent, n’a pas abouti. Une piste existe pourtant déjà ailleurs : les unités dédiées aux adolescents et jeunes adultes, dites AJA. Rattachées aux services d’oncologie pédiatrique, elles permettent de suivre des patients jusqu’à 40 ans lorsque leur pathologie reste de nature pédiatrique.
En Algérie, la spécialité avait commencé à se structurer dès 2002 avec la création de la Société algérienne d’oncologie pédiatrique par le Pr Ladjaj. Depuis, les capacités de prise en charge se sont renforcées, mais l’accès à certaines interventions spécialisées et la transition vers les soins pour adultes montrent que le développement du dispositif reste encore inachevé.
Par : Aly D












