Le transport public continue de fragiliser la vie quotidienne dans les nouvelles zones urbaines. À Ben Mostefa Benaouda, Kalitoussa et El Gantra, le déplacement n’est jamais acquis. Il se négocie, s’épuise, puis se bloque. Pendant le Ramadhan, la situation s’est tendue dès 15 heures ; après l’iftar, elle est devenue presque totale. Bus et taxis se raréfiaient jusqu’à disparaître, laissant les habitants dans le désarroi.
Ce constat n’a pas changé avec l’Aïd. Il s’est même imposé avec plus de force, au moment où les familles se rendaient visite et où les urgences ne pouvaient pas attendre. Pour voir un parent, accompagner une personne malade ou rentrer après une sortie, certains ont dû patienter 3 à 4 heures avant d’espérer une place dans un taxi. D’autres ont, tout simplement, renoncé à bouger.
Le paradoxe est cruel. Le stationnement officiel demeure au Champ de Mars, mais ce sont surtout les véhicules informels qui portent aujourd’hui le poids réel de la desserte. Au rond-point El Hattab comme au Champ de Mars, les «fraudeurs» ont sauvé la mise. Ils se sont avérés être les seuls points de respiration pour des quartiers que le transport régulier abandonne trop tôt. Leur présence reste irrégulière, mais elle constitue, pour beaucoup d’usagers, la seule issue encore praticable.
C’est là que le quotidien prend sa dimension la plus humaine. Un malade qui doit se rendre à un rendez-vous, une mère qui souhaite rentrer avant la nuit, un père qui espère rejoindre ses enfants, tous se retrouvent suspendus à la disponibilité d’un véhicule. Quand la police intervient pour disperser les stationnements irréguliers et dresser des procès-verbaux, les files se brisent, les passagers restent là, et l’attente recommence. Aucune solution de remplacement ne prend aussitôt le relais.
Dans ces quartiers, la nuit ne marque pas seulement la fin de la journée. Elle coupe aussi les liens avec le reste de la ville. Le sentiment d’enclavement s’est installé dans les habitudes, au point de transformer chaque déplacement en épreuve. Le Ramadhan l’a déjà révélé. L’Aïd l’a confirmé avec éclat. Le problème n’est plus ponctuel. Il dessine une manière de vivre sous contrainte, dans des espaces où la mobilité dépend encore trop d’arrangements précaires et de hasards de circulation.
Par : Mahdi AMA












