Deux jours avant la célébration du 65e anniversaire de la répression meurtrière des manifestants algériens à Paris, le 17 octobre 1961, plusieurs membres du Sénat français ont déposé une proposition de loi, visant à faire reconnaître officiellement la responsabilité de l’État français dans ce qui s’est passé. Porté par le sénateur Rachid Temal, le texte a pour objectif également d’instaurer une journée nationale de commémoration en mémoire des victimes.
Déposée le 15 octobre, au cours de la session parlementaire 2026-2027, la proposition n° 74 reprend une démarche déjà engagée en 2021. Elle relance au Sénat le débat sur la reconnaissance historique et juridique de cet épisode tragique de la guerre d’indépendance algérienne.
Selon la liste communiquée, 32 sénatrices et sénateurs soutiennent l’initiative. Parmi eux figurent Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, les anciennes ministres Marie-Arlette Carlotti et Hélène Conway-Mouret, ainsi que Hussein Bourgi, Akli Mellouli et Victorin Lurel.
Le texte réunit ainsi des élus qui souhaitent faire avancer la reconnaissance des violences liées à l’histoire coloniale française.
Le premier article de la proposition de loi stipule que « la France reconnaît officiellement sa responsabilité dans la répression menée contre les manifestants algériens pacifiques réclamant l’indépendance de leur pays, le 17 octobre 1961 et les jours suivants à Paris ». Le deuxième article tend à instaurer une journée du 17 octobre, à caractère officiel, au cours de laquelle des cérémonies en hommage aux victimes seraient organisées.
Dans la soirée du 17 octobre 1961, des milliers d’Algériens avaient manifesté pacifiquement à Paris, à l’appel de la Fédération de France du FLN, pour dénoncer un couvre-feu discriminatoire imposé aux Algériens. La manifestation avait été violemment réprimée par les forces de police sur ordre du préfet de police Maurice Papon. Des manifestants avaient été tués, d’autres blessés, tandis que de nombreux participants avaient été arrêtés et détenus dans des conditions particulièrement dures.
Cet épisode, longtemps passé sous silence, a pris une importance croissante dans le débat public et dans les travaux historiques en France. La question du bilan humain reste à la fois un sujet de mémoire et de recherche, avec des estimations qui diffèrent selon les sources.
Par cette nouvelle initiative, les signataires entendent aller « au-delà des actes mémoriels » et « reconnaître clairement la responsabilité de l’État ». Cependant, le dépôt de cette proposition ne saurait présumer de cette reconnaissance : le texte devra être examiné en procédure parlementaire pour avoir une chance de devenir loi.
Par : Elyas Abdelbaki










