Le marché du livre reste fragile, confronté à des difficultés de distribution, au coût élevé du papier et à la piraterie.
Le secteur de l’édition en Algérie continue de naviguer entre contraintes économiques et logistiques. La distribution demeure complexe, le coût du papier reste élevé et la piraterie fragilise le marché. Si un lectorat fidèle existe dans les grandes villes, la visibilité des nouveautés reste limitée, rendant les grands salons littéraires indispensables pour les éditeurs.
La 28e édition du Salon international du livre d’Alger a offert l’occasion d’aborder ces réalités. Une table ronde au pavillon italien, modérée par la journaliste et écrivaine Meriem Guemache, a réuni un public nombreux et l’ambassadeur d’Italie pour dresser un état des lieux du secteur et évoquer certaines pratiques à l’international.
Dalila Nedjam, libraire et ancienne responsable du festival international de la bande dessinée, a expliqué que le marché reste actif mais fragile. « Les éditeurs travaillent surtout pour le Sila, qui est l’événement idéal pour présenter les nouveautés. Nous avons un lectorat, mais le livre se vend difficilement. La diffusion et la distribution posent de gros problèmes. Chaque sortie littéraire bénéficie d’une visibilité très limitée, d’où l’importance du salon », a-t-elle souligné.
Elle a ajouté qu’un lectorat régulier existe dans les grandes villes, mais que la majorité des ventes se réalise pendant le salon, sur plusieurs jours, lorsque les lecteurs de tout le pays peuvent s’y rendre. La distribution postale s’impose pour atteindre les villes de l’intérieur, malgré les difficultés logistiques.
La piraterie reste un obstacle majeur. Mme Nedjam a déploré que certains titres vendus à prix élevé à l’étranger soient reproduits illégalement à moindre coût sur le marché local. Elle a rappelé que le soutien de l’État aux maisons d’édition a diminué, contrairement à quelques années auparavant, lorsqu’il permettait notamment de fournir les bibliothèques municipales : « Aujourd’hui, nous sommes livrés à nous-mêmes. »
Le livre numérique, qui avait suscité un certain engouement, semble perdre de son attrait : « Les lecteurs reviennent vers le livre physique, qui reste un objet apprécié. Le numérique n’est plus un vrai débat. » Elle a également dénoncé les pratiques de certaines maisons qui font payer les auteurs pour être publiés, tout en insistant sur l’importance d’accompagner les jeunes auteurs pour leur faire comprendre les réalités du métier : « Ce n’est pas un chemin vers la richesse, mais c’est une expérience qui vaut la peine. »
Sur le plan international, Mme Nedjam a précisé que sa maison publie des œuvres en plusieurs langues, notamment arabe et anglais, et que des négociations sont en cours pour des coéditions avec l’Institut culturel italien. Les représentants des deux maisons ont conclu que la collaboration et la coédition restent possibles et souhaitables pour élargir le lectorat et soutenir l’édition locale.
Par : Aly.D












