À travers le destin d’un écrivain exilé, le réalisateur livre un drame intimiste qui interroge autant les séquelles de la violence que le poids de la mémoire.
Après un premier long-métrage remarqué, Amin Sidi-Boumédiène poursuit son exploration de la mémoire algérienne avec « Les Derniers jours de R.M. », une coproduction franco-algérienne portée par Lyes Salem et Rachida Brakni. Le personnage central, Rachid Miloudi, est un écrivain qui a quitté l’Algérie dans les années 1990 pour échapper aux menaces de mort visant de nombreux intellectuels. Réfugié dans la banlieue parisienne, il vit loin des siens, incapable de trouver l’apaisement. Si l’exil lui a sauvé la vie, il ne l’a pas libéré de ses peurs. Les souvenirs de la guerre civile continuent de le poursuivre et nourrissent un profond sentiment de solitude.
Autour de lui gravitent d’autres figures de l’exil, à commencer par une amie écrivaine qui tente de le sortir de son isolement. Mais chaque rencontre renvoie R.M. à une question qui hante toute une génération : que reste-t-il d’un écrivain lorsqu’il est arraché à son pays, à ses lecteurs et à son univers ? Cette interrogation traverse le film sans jamais céder au discours démonstratif.
Le récit bascule lorsque R.M. apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable. Face à cette condamnation, son esprit vacille. Les personnages de ses romans prennent vie, les frontières entre fiction et réalité s’estompent et le film emprunte progressivement les chemins de l’imaginaire pour traduire les tourments d’un homme confronté à la fois à la mort et à son passé.
Avec ce long-métrage, Amin Sidi-Boumédiène ne cherche pas à raconter la décennie noire de manière frontale. Il préfère en montrer les conséquences humaines, celles qui continuent de marquer les survivants longtemps après les événements. Le cinéaste explique que ce projet est né de son désir d’évoquer le destin des écrivains, journalistes, médecins et universitaires qui furent pris pour cible durant les années de terrorisme. Beaucoup ont été assassinés, d’autres ont choisi l’exil pour survivre, emportant avec eux une mémoire douloureuse et le sentiment d’avoir laissé derrière eux une partie de leur existence.
En faisant de cette histoire individuelle le reflet d’une tragédie collective, « Les Derniers jours de R.M. » propose une réflexion sensible sur l’exil et la création. Plus qu’un film sur les années 1990, il est le portrait d’un homme qui tente de se réconcilier avec ses fantômes avant qu’il ne soit trop tard.
Par : Aly D






