Vingt ans après sa disparition, le 17 juillet 2006, El Hachemi Guerouabi demeure l’une des figures les plus marquantes de la chanson algérienne. En modernisant le chaâbi sans jamais trahir son héritage, le « Rossignol » d’Alger a inscrit son nom parmi les plus grands artistes du patrimoine musical national.
Deux décennies après sa disparition, El Hachemi Guerouabi continue d’occuper une place à part dans la mémoire collective. Son timbre chaleureux, son élégance sur scène et son sens inégalé de l’interprétation ont fait de lui bien plus qu’un chanteur : un ambassadeur du chaâbi et l’une des voix les plus emblématiques de la culture algérienne.
Né le 6 janvier 1938 dans le quartier populaire de Belcourt, à Alger, il se destine d’abord à une carrière sportive. Ailier droit talentueux, il évolue notamment au Redoute AC et à l’USM Alger. Mais la musique finit par l’emporter. En 1953, il rejoint l’Opéra d’Alger sous la direction de Mahieddine Bachtarzi, avant de parfaire sa formation au Conservatoire auprès de Hadj M’hamed El Anka, considéré comme le maître du chaâbi.
Si Guerouabi s’inscrit dans la grande tradition du « Melhoun », il refuse de figer ce patrimoine. Au début des années 1960, alors que le chaâbi peine à séduire les jeunes générations, il engage, avec le compositeur Mahboub Bati, une profonde évolution du genre. Le succès d’« El Bareh » marque un tournant. Son interprétation, plus libre, son orchestration renouvelée et son style immédiatement identifiable séduisent le grand public, malgré les critiques des puristes. D’autres titres, comme « Youm El Djemaâ », « El Harraz », « Koursi » ou « Wahid El Ghorba », confirmeront son immense popularité.
Surnommé le « Rossignol », El Hachemi Guerouabi impose ce que beaucoup appelleront le style « Hatchmaï ». Sa voix de crooner, son art de l’« Istikhbar », cette improvisation vocale qui exige une parfaite maîtrise, ainsi que sa capacité à conjuguer la rigueur du chaâbi avec une sensibilité plus moderne, ouvrent une nouvelle page de la musique algérienne. Il réhabilite également des instruments comme le « djouak » et accorde une place essentielle au violon, tout en restant fidèle aux grands poèmes du « Melhoun », dont il demeure l’un des plus remarquables interprètes.
Malgré la maladie, l’artiste poursuit sa carrière jusqu’à son dernier grand concert donné à la salle Ibn Khaldoun en 2005. Il s’éteint le 17 juillet 2006, à l’âge de 68 ans. Ses funérailles rassemblent une foule immense venue saluer celui qui avait su faire du chaâbi une musique populaire sans jamais en sacrifier l’exigence artistique.
Au-delà de son talent, El Hachemi Guerouabi était l’un des rares artistes à faire l’unanimité. Aimé du grand public, respecté par les musiciens et les maîtres du chaâbi, il avait su concilier succès populaire et reconnaissance artistique, un équilibre rarement atteint dans sa génération. Vingt ans après sa disparition, ses chansons continuent de traverser les générations et de résonner dans les fêtes, les salles de spectacle et le cœur des Algériens.
Par : Aly D






