Dans de nombreux foyers, on redécouvre aujourd’hui des pratiques autrefois considérées comme ordinaires. Avant les lessives industrielles et les savons manufacturés, les familles puisaient dans leur environnement immédiat des solutions simples pour l’hygiène du linge et du corps. Ce retour aux méthodes anciennes s’explique par une volonté de renouer avec des produits naturels, mais aussi par la curiosité envers des gestes hérités d’un passé où chaque ressource locale comptait.
Un savon venu des arbres
Parmi ces traditions retrouvées figure l’usage des noix de lavage, un savoir-faire partagé dans chez les Aṯ Musa ainsi que chez d’autres confédérations atlassiennes. Les fruits du savonnier, le Sapindus saponaria, étaient connus sous le nom de « ṯaṣabunț n țergu » ou « ṣaboun l’ghoula » en daridja, (le savon de l’ogresse), témoigne de l’imaginaire qui entourait cet arbre. Une richesse naturelle présente en Algérie mais malheureusement peu exploitée aujourd’hui.
Le savon obtenu à partir de ces fruits était particulièrement apprécié pour sa simplicité et son respect de la nature et de la santé. Dans la plaine de la Mitidja, on en trouvait autrefois sur les marchés de Tamettišt, où les coques séchées étaient vendues comme un produit du quotidien, au même titre que les herbes médicinales ou les ustensiles domestiques. Entre 1942 et 1945, en Algérie, lorsque le savon industriel manquait dans les commerces, le Sapindus devint une ressource très recherchée. Les familles s’en servaient pour le lavage du linge, la toilette des mains et du corps, appréciant son efficacité et son caractère naturel.
Un geste simple et familier
L’utilisation des noix de lavage reposait sur une méthode étonnamment simple. Quelques coques plongées dans l’eau suffisaient à libérer une mousse douce grâce à la saponine qu’elles contiennent. Les habitants les utilisaient pour laver le linge, les cheveux ou la peau. Certaines familles préparaient une décoction plus concentrée, filtrée avant d’être conservée dans des bouteilles de verre pour un usage prolongé.
À la maison, le rituel commençait souvent par le geste de casser les fruits au marteau pour en extraire les petites graines noires, la seule partie toxique du fruit. La coque, elle, était utilisée telle quelle une fois séchée. L’arrivée de l’été, moment où les fruits atteignaient leur maturité, marquait le début de ce travail domestique simple mais nécessaire.
Un arbre venu de loin
Le Sapindus existe en plusieurs variétés, dont saponaria, trifoliatus, mériami, rarak ou mukorossi. La plupart sont originaires d’Inde, du Népal ou des régions himalayennes. L’arbre adapté à la région méditerranéenne, et présent en Algérie, est le Sapindus mukorossi. Il peut atteindre quinze mètres et produire des fruits d’un brun roux dont la coque, riche en saponine, agit comme un savon naturel sans nécessiter aucune transformation industrielle.
Un regain d’intérêt
Aujourd’hui, avec la remise en question de la chimie industrielle et la recherche de produits plus respectueux de l’environnement, les noix de lavage connaissent un regain d’intérêt, car elles apparaissent comme une alternative aux lessives conventionnelles. Artisans et artisanes surtout, passionnés s’y replongent, redonnant vie à une pratique profondément liée à la nature.
Redécouvrir ces gestes, c’est rappeler l’ingéniosité des anciens, capables de transformer un fruit rustique en savon efficace. C’est aussi renouer avec un patrimoine partagé qui témoigne d’une relation intime avec les ressources locales et d’une manière de vivre façonnée par l’observation, la transmission et le respect de la terre.
Par : A.D







