Pour une partie des Algériens qui partent aujourd’hui travailler à l’étranger, la destination ne se trouve plus nécessairement au nord de la Méditerranée.
Longtemps concentrée en Europe et en Amérique du Nord, la diaspora algérienne voit apparaître de nouvelles destinations. En Afrique de l’Ouest, des Algériens font désormais le choix de s’installer, de travailler et d’entreprendre, dessinant une présence encore discrète mais appelée à accompagner l’ouverture économique du pays sur le continent.
Le Sénégal, la Mauritanie et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest attirent des profils qui y voient un espace pour construire une activité, créer une entreprise ou poursuivre une carrière. Un mouvement encore limité en nombre, mais suffisamment installé pour faire émerger une nouvelle forme de présence algérienne sur le continent.
Cette orientation accompagne le développement des relations économiques entre l’Algérie et l’Afrique. À mesure que les entreprises cherchent à accéder à de nouveaux marchés, elles ont besoin de personnes capables de travailler durablement dans ces environnements. Mais tous ceux qui s’y installent ne sont pas nécessairement partis dans le cadre d’une mission professionnelle. Certains ont choisi de développer leur propre activité et de faire de leur pays d’accueil leur nouvelle base de travail.
C’est ce qui distingue cette présence des déplacements commerciaux classiques. Une fois installés, ces Algériens acquièrent une connaissance concrète du marché local, constituent des réseaux et apprennent les règles qui ne figurent dans aucun contrat. Ils peuvent ensuite mettre cette expérience au service de leurs propres projets ou faciliter l’entrée d’autres entreprises algériennes.
Un écosystème qui se met en place
L’apparition de structures algériennes sur place contribue à rendre ces parcours plus faciles. Le secteur bancaire en fournit l’un des exemples les plus visibles. En 2023, deux établissements ont été lancés dans la région : l’Algerian Bank of Senegal à Dakar, avec un capital de 100 millions de dollars, et l’Algerian Union Bank à Nouakchott, dotée de 50 millions de dollars.
Au-delà de leur fonction financière, ces implantations participent à la constitution d’un environnement professionnel algérien dans ces deux pays. Des compétences venues d’Algérie y travaillent désormais dans différents domaines liés au financement, au commerce ou à l’accompagnement des entreprises. Pour ceux qui ont choisi de s’établir localement, l’existence de tels relais peut également faciliter les démarches et les relations avec le tissu économique.
Cette présence reste néanmoins difficile à mesurer. Les données consulaires disponibles ne permettent pas d’en dresser un portrait statistique complet. Elle demeure beaucoup moins importante, numériquement, que les communautés algériennes installées en Europe ou en Amérique du Nord. Son intérêt tient davantage à sa position dans un espace économique en développement.
Le marché africain comme horizon
Le changement apparaît surtout dans la manière dont certaines entreprises envisagent désormais leur développement. Il ne suffit plus d’expédier un produit depuis l’Algérie et d’attendre qu’un marché se constitue. Représentation commerciale, distribution locale, partenariat industriel et production sur place font progressivement partie des stratégies envisagées.
Les accords conclus lors de la Foire commerciale intra-africaine organisée à Alger en septembre 2025 illustrent cette évolution. Le holding public sidérurgique SNS a signé huit protocoles d’accord représentant 950 millions de dollars. Parmi les projets annoncés figurent notamment la représentation d’Anabib sur les marchés ouest-africains et une coopération avec Fondal pouvant conduire à l’installation d’une unité de production locale au Sénégal.
La rencontre organisée à Alger avait rassemblé 2 148 exposants et 112 476 visiteurs et débouché sur des contrats annoncés à plus de 48 milliards de dollars, dont environ 11,4 milliards pour des entreprises algériennes. Ces montants donnent la mesure des ambitions affichées, mais leur traduction concrète dépendra de la capacité à assurer un suivi dans les pays concernés.
C’est précisément à ce niveau que les Algériens établis sur place peuvent prendre une importance particulière. Leur connaissance des usages commerciaux, des interlocuteurs et des réalités quotidiennes constitue un avantage pour des entreprises qui découvrent ces marchés. La diaspora devient alors, sans nécessairement avoir été créée dans ce but, un maillon d’une stratégie économique plus large.
Des installations facilitées par les nouvelles connexions
Choisir de vivre en Afrique de l’Ouest suppose aussi de pouvoir maintenir des liens avec l’Algérie. Les déplacements professionnels et personnels restent nécessaires, notamment pour les entrepreneurs qui partagent leur activité entre plusieurs pays.
Le développement du réseau aérien accompagne cette évolution. Air Algérie cherche à renforcer les connexions entre l’Algérie et le reste du continent et à faire d’Alger une plateforme reliant plusieurs destinations africaines. En février 2026, deux accords conclus à Addis-Abeba avec l’African Business Council et l’Africa Prosperity Network ont notamment porté sur le transport des voyageurs et des marchandises, ainsi que sur la formation et les délégations économiques.
Cette nouvelle présence algérienne en Afrique de l’Ouest ne correspond donc ni à une migration massive ni à une simple succession de voyages d’affaires. Elle prend la forme de parcours individuels, d’installations professionnelles et de projets entrepreneuriaux qui se développent dans des pays où l’Algérie cherche elle-même à renforcer ses positions économiques.
Longtemps éclipsée par les destinations occidentales dans l’imaginaire de la diaspora algérienne, l’Afrique ouvre ainsi un autre espace d’installation. Pour ceux qui l’ont choisie, elle représente à la fois un lieu de vie, un marché et un territoire professionnel. Pour l’Algérie, leur présence constitue un réseau humain supplémentaire au moment où les relations avec le continent prennent une dimension économique nouvelle.
Par : Aly.D








