Avec « Collatéral », Yazid Yettou propose un film qui s’éloigne des cadres habituels du court-métrage. Fondé sur une mise en scène dépouillée et un usage très mesuré de la parole, le réalisateur s’attache à filmer ce que l’on voit rarement : la vie quotidienne d’une famille touareg, façonnée par l’immensité d’un désert où le temps semble suspendu.
L’intrigue suit Brahim, dix ans, dont l’existence paisible près de la frontière malienne bascule lorsqu’un drone militaire s’écrase tout près du camp familial. L’ordre venu de l’état-major, « effacer toute trace de l’appareil », introduit une rupture brutale dans ce monde régi par les cycles naturels. À travers le regard de l’enfant, le film met en scène la collision entre un univers ancestral, rythmé par le silence et le sable, et l’irruption d’une technologie guerrière sans visage. Yettou, a choisi de réduire les dialogues au strict nécessaire afin de laisser la matière du désert porter le récit : le grain du sable, le souffle du vent, les gestes infimes. Cette approche, proche d’un réalisme sensoriel, offre au film une tension qui ne passe pas par les mots mais par l’atmosphère et les images.
Diplômé en audiovisuel, Yazid Yettou a fait ses armes au sein des équipes techniques du cinéma algérien, notamment sur « Le Crépuscule des Ombres » de Mohamed Lakhdar-Hamina. En 2020, il réalise son premier court-métrage, « Boumla », qui circule dans les festivals d’Oujda, Alger, Alexandrie, Mascate, Buenos Aires, Benevento, Rome et au Royaume-Uni. Le film y remporte plusieurs distinctions, dont un prix du Meilleur court-métrage africain, confirmant très tôt la singularité de son approche.
« Collatéral » s’inscrit dans cette continuité, avec un regard plus affirmé encore sur les zones marginalisées et les récits intimes. Le film a été récompensé, mardi par le Grand Prix « Gourara d’Or » lors de la première édition du Festival international du court-métrage de Timimoun, une distinction que le réalisateur a saluée sur ses réseaux sociaux en remerciant la ville, l’organisation du festival et ceux qui ont accompagné la naissance du projet.
Alors qu’il prépare désormais son premier long-métrage, Yettou semble tracer un chemin où la caméra devient une autre manière de raconter le monde.
Par : Aly D












