Après quinze mois d’une crise diplomatique inédite, l’Algérie et le Mali amorcent un dégel historique de leurs relations bilatérales. Entre retour des ambassadeurs et réouverture des espaces aériens, Alger réaffirme son rôle pivot de stabilisateur régional face aux défis sécuritaires du Sahel.
« C’est un tournant géopolitique majeur pour l’Afrique de l’Ouest et la région sahélo-saharienne », ont repris, hier, en boucle, analyste et politologue suite à la reprise, inattendue selon certains, des relations entre l’Algérie et le Mali. En effet, moins de deux ans après une dégradation spectaculaire de leurs rapports, Alger et Bamako viennent d’officialiser la reprise totale de leurs canaux diplomatiques.
Ce réchauffement, marqué par des gestes forts de part et d’autre, consacre avant tout la vision d’Alger : privilégier le dialogue de bon voisinage pour préserver l’intégrité et la sécurité transfrontalière. Il faut préciser que la normalisation s’est matérialisée, ces dernières 48h, par des décisions simultanées et hautement symboliques.
Sur instruction du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, l’ambassadeur d’Algérie à Bamako, Kamal Retieb, a réintégré son poste. De manière réciproque, les autorités maliennes de transition ont acté le retour de leur diplomate en chef à Alger. Parallèlement, le blocus aérien réciproque en vigueur depuis avril 2025 a été officiellement levé.
La réouverture immédiate de l’espace aérien entre les deux voisins marque ainsi la fin de l’asphyxie des liaisons directes, un signal fort pour la reprise des flux économiques et des déplacements officiels. Pour comprendre la portée de cette réconciliation, il faut remonter au printemps 2025. Les relations avaient alors sombré dans une crise ouverte à la suite d’incidents sécuritaires complexes à la frontière commune, notamment autour de la localité de Tinzaouatène.
L’interception puis la destruction par les forces de l’Armée nationale et populaire (APN) d’un drone malien en posture offensive près de la ligne de démarcation avaient poussé Alger à verrouiller son espace aérien, opposant une doctrine de fermeté absolue quant à la souveraineté du territoire du pays.
Relance de la coopération face aux défis du Sahel
Face à l’impasse et conscients qu’aucune solution durable au Sahel ne peut s’opérer sans l’apport de l’Algérie, pivot politique dans la région, les décideurs de Bamako ont multiplié les signaux d’apaisement ces derniers mois, faut-il le rappeler. Au-delà de la symbolique, ce réchauffement répond à une urgence sécuritaire absolue, soulignent unanimement experts en géopolitique.
D’ailleurs, les déclarations des deux chancelleries convergent vers un objectif unique : « Redynamiser une coopération historique et fraternelle.» Cela passe, notamment, par la sécurisation des frontières sud du pays, à travers la reprise d’une coordination directe avec les forces maliennes pour endiguer les mouvements terroristes et criminels transfrontaliers. Il s’agit également de relancer les échanges économiques en favorisant le désenclavement et la consolidation des projets d’infrastructures régionaux indispensables à la stabilité des populations locales.
Mais au-delà de ces aspects, les deux parties s’accordent désormais à contrer les interférences étrangères et réaffirmer que le règlement des crises africaines doit rester entre les mains des pays de la région, sans ingérence extérieure.
Aussi, ce dégel confirme la résilience de la diplomatie algérienne qui, tout en restant intransigeante sur la sécurité de ses frontières, sait maintenir la porte ouverte à la concertation pour s’imposer, plus que jamais, comme le pivot incontournable de la bande sahélo-saharienne.
Par : Akram Ouadah









