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      Dérives des excursions à la journée : Le lac Tonga victime d’un tourisme sans garde-fou

      aly D by aly D
      1 octobre 2026
      in National
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      Victime de son succès, le lac Tonga révèle, au lendemain de la saison estivale, l’envers des images paradisiaques diffusées tout l’été sur les réseaux sociaux.

      À l’écran, l’eau calme, les forêts épaisses et les paysages sauvages donnent envie d’évasion. Sur place, le décor est autrement moins séduisant. Dans les sous-bois, sur les chemins et autour des espaces fréquentés, bouteilles en plastique, emballages, gobelets, couverts jetables et restes de pique-nique témoignent du passage de visiteurs venus profiter quelques heures d’un site exceptionnel. La saison estivale s’achève et la nature garde les traces d’un tourisme à la journée qui semble avoir pris beaucoup plus qu’il n’a donné.

      Le phénomène dépasse les abords du lac. Plusieurs sites naturels du territoire d’El Kala, notamment des plages isolées et les espaces forestiers traversés pour les rejoindre, portent eux aussi les marques de cette fréquentation. Des lieux longtemps préservés de la pression touristique sont désormais largement exposés par les vidéos publiées sur Instagram et les autres réseaux sociaux.

      Des jeunes organisateurs, qui se présentent comme guides ou accompagnateurs, en ont fait des destinations d’excursions. Une vidéo montre un paysage encore vierge, les visiteurs affluent quelques jours plus tard et la boucle se poursuit avec de nouvelles publications destinées à attirer d’autres groupes.

      Un patrimoine livré à l’inconscience

      Cette nouvelle popularité pose un problème particulier à El Kala, où la protection de la nature constitue précisément la raison d’être du parc national. Le territoire abrite une mosaïque d’écosystèmes remarquables : forêts denses de chênes-lièges et de chênes zeen, pinèdes, marais, lacs et zones côtières. Le climat méditerranéen, avec ses étés chauds et secs et ses hivers doux et humides, favorise une biodiversité exceptionnelle.

      Cette richesse a donné au parc une renommée internationale. Ses zones humides sont notamment essentielles aux oiseaux hivernants, nicheurs et migrateurs. Chaque hiver, entre 70 000 et 200 000 oiseaux migrateurs rejoignent l’Afrique depuis l’Europe, faisant de cette région un maillon important des grandes routes migratoires. Le parc constitue également le dernier refuge des populations naturelles du cerf de Berbérie en Algérie, une espèce menacée de disparition dans le pays.

      Le Parc national d’El Kala est reconnu comme réserve de biosphère par l’Unesco depuis 1990 et figure depuis 2025 sur la liste indicative algérienne du patrimoine mondial. C’est donc dans ce cadre particulièrement fragile que s’installe aujourd’hui un tourisme fondé sur l’image et l’immédiateté. Les visiteurs viennent chercher ce que les publications leur ont promis : une nature intacte, des paysages sauvages, des lieux éloignés du béton et du bruit. Mais certains repartent en laissant derrière eux exactement ce qui menace cette impression de nature préservée.

      Les déchets sont la partie la plus visible du problème. Une bouteille, un gobelet ou un emballage abandonné dans un sous-bois ne disparaît pas avec le groupe qui l’a laissé. Dans les milieux naturels, les déchets plastiques peuvent persister durant de longues périodes et représenter une nuisance pour la faune. À cette pollution s’ajoutent les effets de la fréquentation : piétinement de la végétation, érosion des sols, dérangement des animaux et pression accrue sur des habitats qui ne sont pas conçus pour accueillir des flux importants.

      Le plus préoccupant est que ces sorties semblent parfois organisées sans véritable réflexion sur leur impact. Transporter un groupe vers un site naturel, proposer une journée de découverte et publier les images de l’escapade ne suffit pas à constituer une offre touristique responsable.

      Dès lors qu’un organisateur tire un revenu de la fréquentation d’un espace fragile, il devrait aussi prendre en charge l’information des participants, la gestion des déchets et le respect des secteurs sensibles. Or, au vu de l’état laissé par certains groupes, cette dimension paraît avoir été largement oubliée. La nature devient le produit d’appel ; sa protection, elle, semble passer après.

      Une fréquentation qui ne pouvait pas être ignorée

      La responsabilité ne repose évidemment pas uniquement sur les organisateurs. Celui qui abandonne volontairement ses déchets dans la nature est le premier responsable de son geste. Il est difficile de parler de découverte du patrimoine lorsqu’une sortie se termine par des emballages jetés dans les buissons ou des bouteilles abandonnées au bord de l’eau.

      L’incivisme de certains visiteurs est manifeste et ne peut être excusé par l’absence de poubelles ou de surveillance. Mais cette situation pose aussi une question aux responsables de la protection du territoire. Car cette affluence estivale n’avait rien d’invisible. Les destinations étaient publiquement promues sur les réseaux sociaux, les programmes des excursions circulaient et les groupes se photographiaient eux-mêmes sur les lieux visités. La circulation touristique était donc largement prévisible.

      Où étaient les dispositifs de prévention et de contrôle pendant les périodes de forte fréquentation ? Quelles consignes étaient données aux organisateurs et aux visiteurs ? Des contrôles ont-ils été effectués sur les sites les plus exposés ? Des sanctions ont-elles été appliquées lorsque les règles de protection n’étaient pas respectées ?

      Ces questions doivent être posées. Il ne s’agit pas de rendre les gardes forestiers responsables de chaque bouteille abandonnée, mais de s’interroger sur une surveillance qui doit justement être renforcée lorsque la fréquentation d’un espace protégé augmente fortement. Un parc national ne peut pas être surveillé uniquement une fois les dégâts constatés.

      La situation est d’autant plus préoccupante que le lac Tonga n’est pas un cas isolé. Les plages éloignées et les forêts qui servent de voies d’accès à plusieurs sites touristiques subissent elles aussi cette pression. À force de multiplier les visiteurs sans organiser leur présence, c’est l’ensemble du territoire qui risque de payer le prix de son attractivité.

      Il y a, dans cette situation, un paradoxe difficile à accepter. Les visiteurs viennent à El Kala précisément parce que le territoire possède encore ce que beaucoup d’autres régions ont perdu : des forêts intactes, des zones humides, une faune remarquable, des paysages préservés. Mais cette nature devient progressivement victime de son succès, encouragé par des publications qui présentent les sites comme des décors disponibles pour une journée d’évasion.

      Faire connaître un patrimoine n’est pas le problème. Le transformer en produit touristique sans prévoir les moyens de le protéger en est un. Les organisateurs qui exploitent commercialement ces destinations doivent prendre leur part de responsabilité. Les visiteurs doivent comprendre qu’un espace naturel n’est pas une aire de loisirs où l’on peut laisser ses déchets. Et les services chargés de la protection du parc doivent anticiper une fréquentation désormais impossible à ignorer.

      Au lac Tonga, la saison estivale s’achève donc sur un constat amer. Les vacanciers d’un jour sont repartis avec leurs photographies et leurs souvenirs. Le site, lui, conserve les déchets et les traces de leur passage. Il faudra nettoyer, réparer ce qui peut l’être et surtout empêcher que le même scénario se reproduise l’été prochain. Car le véritable enjeu n’est plus seulement de faire découvrir El Kala, mais de faire en sorte que ceux qui la découvrent ne contribuent pas, par leur passage, à détruire précisément ce qu’ils étaient venus admirer.

      Par : Aly D

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