Plusieurs communes de la wilaya de Skikda traversent, cet été, une crise de l’eau particulièrement sévère. Privés d’une alimentation régulière au robinet, les résidents se voient contraints de se tourner vers les camions-citernes, au prix de lourdes dépenses financières. Face à cette situation qui s’éternise, les représentants de la population réclament une intervention d’urgence des autorités, tandis que les pouvoirs publics placent tous leurs espoirs dans le projet de station de dessalement d’eau de mer à Larbi Ben M’hidi pour régler définitivement le problème.
À Azzaba, le mécontentement est palpable. Dans des quartiers comme les Frères Souissi (connu sous le nom de village « Zaouia »), les coupures prolongées obligent les ménages à débourser entre 1.000 et 1.500 DA par citerne. Selon des habitants, les perturbations se sont accentuées avec les fortes chaleurs. Certains pointent du doigt les défaillances de la station du barrage de « Zit Emba », située à Bekkouche Lakhdar, qui fonctionne avec une seule pompe, réduisant considérablement les capacités de distribution. À cela s’ajoute le manque d’entretien et de rénovation des installations de traitement, inchangées depuis leur mise en service.
Le constat est tout aussi alarmant du côté d’Oum El Toub, à l’ouest du chef-lieu de wilaya. Dans cette localité, l’eau ne coule parfois que deux heures tous les dix jours. La crise s’est encore aggravée récemment à la suite d’une fuite majeure sur la conduite principale, asséchant même les réserves de la mosquée Al-Fath. Face à l’urgence, le wali de Skikda, Saïd Akhrouf, a sommé les directeurs des ressources en eau, de Sonelgaz et de l’Algérienne des Eaux (ADE) de se rendre immédiatement à la station de pompage du barrage de Kenitra pour lever tous les obstacles techniques et rétablir le service au plus vite.
Le paradoxe reste frappant pour cette wilaya côtière. Malgré un potentiel hydraulique important, comprenant plusieurs barrages, des forages et deux stations de dessalement existantes (celle de la zone industrielle avec 100.000 m³/jour et celle d’El Marsa avec 5.000 m³/jour), l’approvisionnement des ménages continue de faillir, touchant également des zones comme Filfila et les étages élevés du chef-lieu.
L’espoir repose désormais sur la future station de dessalement de Larbi Ben M’hidi, dont le chantier a été lancé en juillet dernier. D’un coût de 100 millions de dollars et conçue pour être livrée dans un délai de 36 mois, cette infrastructure affichera une capacité de production de 140.000 m³/jour. Sa mise en service permettra d’allouer 80.000 m³/jour au secteur industriel (Sonatrach et Asmidal) et d’injecter 60.000 m³/jour directement dans le réseau d’eau potable au profit de 600.000 habitants.
De plus, la totalité de la production de l’ancienne station industrielle pourra alors être réorientée vers la population. Un autre grand projet est également à l’étude à Benni Saïd (Collo), d’une capacité de 300.000 m³/jour, devant approvisionner Skikda ainsi que les wilayas voisines de Guelma, Oum El-Bouaghi et Constantine.
Malgré les enveloppes financières colossales débloquées ces dernières années, incluant la réhabilitation de la station de pompage d’Aïn Cherchar et un programme d’urgence de 769 millions de DA touchant 13 communes, la question demeure entière : ces méga-projets réussiront-ils enfin à mettre un terme définitif au calvaire du rationnement de l’eau à Skikda?
Par : Amina A.











