À l’arrivée des premiers froids, les compléments alimentaires s’imposent dans les habitudes d’achat. Porté par le bouche-à-oreille et les promesses de bien-être, cet engouement n’est toutefois pas sans risques.
À mesure que les températures baissent et que les journées raccourcissent, les compléments alimentaires retrouvent une place de choix dans les habitudes de consommation. Vitamines, magnésium, zinc ou encore produits à base de plantes garnissent les rayons et attirent ceux qui souhaitent affronter la saison froide en meilleure forme. Entre prévention, recherche de bien-être et influence des réseaux sociaux, ces produits séduisent un public de plus en plus large, parfois sans véritable discernement.
Les promesses ne manquent pas. Renforcer les défenses naturelles, lutter contre la fatigue, retrouver de l’énergie ou mieux dormir : les arguments commerciaux répondent à des préoccupations quotidiennes, particulièrement présentes à l’automne. Pour certains consommateurs, prendre des compléments alimentaires est devenu un rituel saisonnier, au même titre que ressortir les vêtements chauds ou adapter son alimentation.
Des cures en libre confiance
« Dès les premiers signes de froid, je préfère prendre des vitamines pour éviter les coups de fatigue. C’est devenu une habitude chaque année », confie Samira, employée de banque Comme elle, de nombreux consommateurs associent ces produits à une forme de protection contre les petits désagréments de l’hiver, même sans ressentir de fatigue particulière. L’achat repose souvent sur des conseils de proches, des expériences personnelles ou des informations glanées sur internet. Le bouche-à-oreille joue également un rôle important dans cette popularité.
Un proche qui affirme avoir retrouvé son énergie grâce à une cure, un collègue qui recommande une marque ou un membre de la famille qui conseille un produit acheté en pharmacie suffisent parfois à déclencher un achat. Ces recommandations, parce qu’elles viennent de personnes de confiance, sont souvent perçues comme plus convaincantes qu’un discours publicitaire. Pourtant, les effets ressentis par l’un ne garantissent pas les mêmes résultats chez l’autre, et les conseils échangés au quotidien ne tiennent pas toujours compte des besoins individuels ni des précautions d’utilisation.
Nadira, la quarantaine, reconnaît pour sa part avoir été tenté par plusieurs produits vantés sur les réseaux sociaux. « On voit tellement de vidéos qui présentent ces compléments comme indispensables qu’on finit par se demander si l’on ne devrait pas en prendre aussi », explique-t-elle. Cette exposition permanente contribue à banaliser leur consommation et à brouiller la frontière entre conseil, publicité et argument commercial. Les emballages attractifs, la diversité des références et la facilité d’accès renforcent cet engouement. Certains consommateurs multiplient même les produits, convaincus que leur association permettra d’obtenir de meilleurs résultats. Une démarche qui témoigne d’une volonté de prendre soin de soi, mais aussi d’une confiance parfois excessive dans les promesses affichées.
Le bien-être à l’épreuve des excès
Cette popularité croissante appelle pourtant à la prudence. « Les compléments alimentaires ne doivent pas être considérés comme des produits anodins. Il est important de vérifier leur composition, de respecter les conditions d’utilisation et d’éviter les associations sans conseil adapté », rappelle un pharmacien. Il souligne également que les besoins varient d’une personne à l’autre et qu’une consommation systématique ne se justifie pas nécessairement.
Le cadre réglementaire devrait d’ailleurs évoluer. Le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudène, a annoncé le 5 octobre l’élaboration d’un décret exécutif prévoyant la délivrance des compléments alimentaires destinés à la médecine humaine exclusivement en pharmacie. Approuvé par le Conseil des ministres, le texte est en cours de publication au Journal officiel. Il doit notamment fixer leurs caractéristiques techniques et renforcer l’encadrement de leur utilisation, afin de limiter les risques liés aux usages anarchiques ou excessifs.
À l’approche de l’hiver, l’enjeu est donc aussi celui de l’information des consommateurs. Car si les compléments alimentaires bénéficient d’une image rassurante, leur popularité ne dispense ni de vérifier ce que l’on achète ni de s’interroger sur la nécessité réelle d’en prendre. Dans les rayons, comme sur les écrans, la prudence reste un réflexe essentiel.
Par : A.D











