Les interpellations de ressortissants algériens en situation irrégulière en France ont presque décuplé en deux décennies, passant de 4 703 en 2003 à 46 956 en 2025. Dans le même temps, les éloignements effectifs sont restés quasiment stables.
Ces chiffres figurent dans un rapport d’information de la commission des finances de l’Assemblée nationale française, consacré aux moyens nécessaires à la lutte contre l’immigration irrégulière et à l’exécution des mesures d’éloignement. Déposé le 16 septembre 2026, le document est présenté par Charles Rodwell, rapporteur spécial de la commission.
Un écart spectaculaire entre interpellations et éloignements
Le rapporteur estime qu’en principe les principaux pays d’origine des étrangers en situation irrégulière, « qui génèrent la grande majorité des mesures d’éloignement », devraient également figurer « en tête des pays de destination des mesures exécutées ». Or, selon lui, « la réalité est très différente. »
L’Algérie est présentée comme un « cas symptomatique de cette inefficacité croissante de la politique de retours face aux caractéristiques des migrations d’aujourd’hui ».
En 2003, 4 703 ressortissants algériens en situation irrégulière avaient été interpellés en France. La même année, 2 513 avaient été effectivement éloignés, soit un taux d’exécution de 53 %.
En 2025, les interpellations ont atteint 46 956, tandis que les éloignements se sont élevés à seulement 2 539. Le ratio est ainsi tombé à 4,9 %, malgré un nombre d’interpellations multiplié par près de dix.
Dans les centres de rétention administrative (CRA), 263 éloignements vers l’Algérie ont été effectués en 2025, contre 1 100 en 2024. À titre de comparaison, 687 éloignements vers la Roumanie, 552 vers la Tunisie et 538 vers le Maroc ont été réalisés depuis ces centres.
Une difficulté qui dépasse le cas algérien
Le rapport inscrit cette situation dans une problématique plus générale. Malgré « plusieurs dizaines de textes législatifs, réglementaires ou européens sur ce sujet depuis 25 ans », le nombre de ressortissants de pays tiers éloignés sous contrainte oscille depuis 2009 autour de 6 000 par an. Les auteurs du document évoquent un « plafond de verre ».
Les nationalités maghrébines occupent également une place importante dans les statistiques françaises. Les interpellations de Tunisiens sont passées de 13 414 en 2024 à 16 366 en 2025, tandis que celles des Marocains ont progressé de 12 956 à 13 882.
À l’échelle européenne, les Algériens figurent parmi les nationalités les plus concernées par les décisions d’éloignement. Selon les données d’Eurostat citées dans le rapport, les Algériens, les Marocains et les Syriens étaient les trois premières nationalités visées par des ordres d’expulsion dans l’Union européenne en 2024.
« Ces trois pays représentent à eux seuls plus de 20 % de toutes les mesures d’éloignement prises au sein de l’Union européenne », indique le rapport.
Des expulsions qui restent difficiles à exécuter
Le classement des nationalités effectivement éloignées diffère toutefois de celui des personnes visées par les mesures d’expulsion. Les Géorgiens arrivent en tête, devant les Turcs et les Albanais.
Les pays d’Afrique du Nord dont les ressortissants génèrent le plus de mesures d’éloignement ne figurent donc pas parmi les principaux pays de renvoi effectif. Le cas algérien illustre ce décalage : près de 47 000 interpellations en 2025 pour seulement 2 539 éloignements.
« Ni l’accroissement des flux migratoires en provenance d’Algérie depuis 2003 ni l’augmentation de l’activité des services de police et de gendarmerie en matière d’interpellations n’ont eu d’effet sur la capacité de l’État à éloigner un nombre plus élevé de ressortissants irréguliers présents sur le territoire », a déploré le rapport.
Les chiffres montrent ainsi que la forte progression des interpellations ne s’est pas accompagnée d’une hausse comparable des éloignements effectifs, soulignant les difficultés persistantes d’exécution des mesures de retour.
Par : S.A.B.







