Lorsqu’une région brûle, c’est tout le pays qui ressent la chaleur des flammes. Et ils sont venus, et ils sont tous là, parce que ses enfants ne la laisseront jamais mourir la mama.
De toutes les régions du pays et de l’étranger, des convois de solidarité se dirigent successivement vers les zones touchées par les incendies, chargés de produits et de biens essentiels, le tout arrosé des Youyou des Algériennes. En camions, en voitures, en 4×4, en trottinettes, en scooters, et même en bateau depuis l’Europe. La distance ne compte pas. Quand les premières images des incendies ont commencé à circuler, montrant des montagnes en feu, des familles évacuées et des villages menacés par les flammes, quelque chose s’est immédiatement mis en mouvement. Sans attendre de mot d’ordre, sans campagne officielle ni appel général à la mobilisation, des citoyens ont décidé de faire ce qu’ils pouvaient. Les réseaux sociaux ont servi de relais, de points de rencontre et d’outils d’organisation. En quelques heures, les appels se sont multipliés, les initiatives ont émergé et les premiers convois ont pris la route.
Une onde de choc fraternelle
Dans les quartiers et sur les places publiques, des points de collecte sont improvisés. Des citoyens de tous âges y affluent, apportant de l’eau, des denrées alimentaires, des couvertures, des médicaments et des produits d’hygiène. D’autres se chargent de trier les dons, de remplir les cartons et de les charger dans les véhicules. Puis il y a ceux qui prennent la route, parfois pendant de longues heures, dès la réouverture des axes menant vers les régions sinistrées. Très vite, la solidarité dépasse le simple geste matériel. Les Algériens donnent ce qu’ils ont, mais parfois aussi ce qu’ils ont mis des années à économiser. Des enfants offrent leurs jouets à ceux qui ont dû quitter leurs maisons. Certains cassent leurs tirelires pour donner leurs économies. Des femmes vendent leurs bijoux afin de participer à l’élan de solidarité. Des citoyens offrent l’argent qu’ils avaient économisé pour accomplir le pèlerinage à La Mecque. Et les plus démunis apportent parfois des galettes, parce que c’est leur manière, à eux aussi, de participer.
La douleur des uns est l’affaire de tous
Il y a ceux qui donnent et ceux qui transportent. Ceux qui collectent et ceux qui distribuent. Ceux qui restent dans les centres d’accueil auprès des familles évacuées et ceux qui parcourent des centaines de kilomètres pour apporter quelques cartons. Une immense chaîne humaine se constitue ainsi, sans véritable centre de commandement, mais avec une efficacité qui témoigne d’une seule volonté : ne laisser personne seul face au drame. Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette mobilisation. Souvent critiqués pour leurs excès, ils deviennent, durant ces journées, une formidable machine de solidarité. Un message signale un besoin, un autre propose un véhicule.
Une publication indique un point de collecte, une autre annonce le départ d’un convoi. Un groupe d’influenceurs et de créateurs de contenu parvient ainsi à collecter plus de 18 millions de dinars en seulement quatre heures de mobilisation en ligne. Mais derrière les chiffres, il y a surtout des visages et des gestes. Des bénévoles qui chargent des camions jusque tard dans la nuit. Des automobilistes qui prennent la route avec des véhicules remplis de cartons. Des familles qui ouvrent leurs portes à des personnes évacuées. Des citoyens qui donnent leur sang. Car l’aide ne se limite pas à la nourriture et à l’eau.
Les convois transportent des médicaments, des groupes électrogènes, de la vaisselle, de la literie, des vêtements, des cartables, des produits d’hygiène et des appareils électroménagers. Des aliments sont également collectés pour les animaux. Il ne s’agit plus seulement de répondre à l’urgence, mais aussi d’aider les familles touchées à recommencer, à retrouver un minimum de ce que le feu leur a pris. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a salué cet élan de solidarité et cette grande mobilisation populaire aux côtés des sinistrés. Sur le terrain, les proches des familles touchées parlent d’une véritable onde de choc fraternelle. Car au-delà de la valeur des biens reçus, il y a cette présence. Celle de milliers de citoyens venus parfois de très loin pour dire, sans forcément prononcer les mots : nous sommes là.
La « touiza » jusque dans les cendres
Cette mobilisation rappelle la force de la « touiza », cette culture de l’entraide profondément ancrée dans la société algérienne. Une solidarité qui, autrefois, rassemble les habitants d’un village pour construire une maison ou aider une famille, et qui trouve aujourd’hui un nouveau terrain d’expression à travers les réseaux sociaux. Les outils changent, mais le réflexe demeure le même : lorsqu’un membre de la communauté souffre, les autres répondent présents.
Et cette solidarité n’oublie pas ceux qui n’ont pas de voix. Dans les zones ravagées par les incendies, des citoyens se mobilisent également pour venir en aide aux animaux. Des jeunes et des moins jeunes partent à la recherche d’animaux sauvages ayant survécu aux flammes. Ils leur apportent de l’eau et de la nourriture, tentent de soigner les bêtes blessées et viennent au secours d’une faune privée, en quelques heures, de son habitat et de ses ressources.
Sur les réseaux sociaux, les appels se multiplient pour rappeler que les victimes des incendies ne sont pas seulement humaines. Dans les montagnes de Béjaïa, des jeunes commencent à semer des graines dans les zones brûlées afin d’aider les animaux et les oiseaux à trouver de quoi se nourrir. Un geste simple, presque dérisoire face à l’immensité des dégâts, mais qui porte déjà une promesse : celle de la vie qui reprend. Au milieu des cendres, deux petits arbres plantés après les incendies deviennent, eux aussi, un symbole. Deux touches de vert dans un paysage noirci. L’image d’une terre blessée, mais pas vaincue.
Elle ne mourra pas « La mama »
Déjà, des campagnes citoyennes se mettent en place pour planter, le 15 septembre prochain, un million et demi d’arbres. Il faudra du temps pour que les montagnes retrouvent leur végétation, pour que les forêts repoussent et que les paysages effacent les traces du feu. Mais partout, la même idée semble désormais s’imposer : après avoir répondu à l’urgence, il faudra aider la nature à renaître.
L’Algérie est immense. Ses régions sont séparées par des centaines, parfois des milliers de kilomètres. Pourtant, dans l’épreuve, les distances semblent soudain disparaître. Tous ces gestes, si différents soient-ils, racontent une même histoire : celle d’un peuple qui, face au malheur des siens, se met en marche. Ils sont venus de partout, avec ce qu’ils avaient, parfois avec presque rien. Ils sont venus parce qu’une terre qui brûle appelle toujours ses enfants. Et parce qu’au milieu des flammes, des cendres et du désastre, ils refusent de laisser s’éteindre ce qui les rassemble : la mère patrie. Magnifique leçon d’humanité !
Par : Aly D











