Il y a dans la peinture d’Abdallah Benanteur une présence qui ne disparaît jamais vraiment : celle d’une terre quittée très tôt, mais continuellement retrouvée par la couleur, la lumière et le geste. Installé à Paris dès 1953, le peintre né à Mostaganem n’a jamais fait de l’éloignement une séparation. Son œuvre s’est construite dans cet espace particulier où le souvenir devient matière et où les paysages de l’enfance renaissent sans être nommés.
Longtemps, son nom est resté relativement discret dans son propre pays, alors même qu’il occupait une place importante dans la création artistique de la diaspora. Sa disparition, en 2017, a contribué à remettre en lumière un parcours singulier et une œuvre qui échappe aux classifications faciles. Ni figurative au sens traditionnel, ni totalement détachée du réel, sa peinture avance sur une ligne mouvante, nourrie par la mémoire et portée par une recherche presque spirituelle.
Chez Abdallah Benanteur, on ne retrouve pas des paysages que l’on pourrait situer sur une carte. Pourtant, ils sont là. Une lumière chaude, des étendues colorées, des silhouettes d’arbres, des formes qui semblent surgir d’un souvenir ancien composent un univers où affleurent la plaine de Mostaganem, les reliefs de l’Ouest ou encore la présence lointaine de la Méditerranée. Le peintre ne cherchait pas à montrer un territoire, mais à en restituer l’empreinte intérieure.
Cette relation à l’origine traverse toute sa carrière. Loin d’effacer ses racines, les années passées à Paris semblent au contraire les avoir déplacées vers un espace plus intime. La terre natale devient alors une sensation, une lumière, parfois un souffle. L’abstraction lui permet de dire ce qui échappe à la représentation directe. « Une façon d’approcher ce qui ne peut se dire autrement », expliquait-il à propos de son travail.
Son univers ne se limite d’ailleurs pas à la toile. Le livre d’artiste occupe une place importante dans son parcours, notamment à travers ses collaborations avec René Char, Salah Stétié ou Michel Butor. Entre poésie et arts plastiques, il invente un langage personnel dans lequel les signes prennent une dimension particulière. Inspirés par la calligraphie arabe, ils ne sont ni des mots à lire ni des ornements. Ils deviennent mouvement, rythme et respiration. « Faire chanter les signes sans les enfermer » : cette formule résume une part essentielle de sa démarche.
Cette œuvre, longtemps perçue comme trop abstraite ou trop éloignée des courants dominants, semble aujourd’hui trouver une nouvelle audience. Des expositions organisées ces dernières années à Alger et à Oran ont participé à cette redécouverte, tandis qu’une grande rétrospective est annoncée à Mostaganem. Un retour symbolique dans la ville où tout a commencé.
Par : R.C






