Autrefois indispensables à l’entretien de la literie familiale, les matelassiers se font aujourd’hui de plus en plus rares en Algérie. Avec la généralisation des matelas en mousse, ces artisans voient disparaître peu à peu un savoir-faire fondé sur le cardage de la laine et la réfection des matelas, autrefois au cœur des habitudes quotidiennes.
La modernisation de la literie a profondément transformé les habitudes des foyers. Longtemps garnis de laine et parfois de crin, les matelas nécessitaient un entretien régulier pour conserver leur volume et leur souplesse. Lorsqu’ils perdaient leur épaisseur sous l’effet du temps et de l’usage, les familles faisaient appel à un matelassier pour renouveler leur rembourrage et prolonger leur durée de vie.
L’arrivée des matelas en mousse, communément appelés matelas en éponge, puis la diversification des modèles industriels ont progressivement changé ces pratiques. Le recours à cet artisan s’est ainsi raréfié, à mesure que les anciennes literies cédaient la place à des produits ne nécessitant plus le même entretien. À l’époque bien présent dans les quartiers, le matelassier est devenu beaucoup moins sollicité.
Un savoir-faire d’autrefois
Le travail du matelassier ne se limitait pas à garnir une enveloppe de tissu. Il exigeait une bonne connaissance des matières, la maîtrise de la préparation de la laine et une répartition minutieuse du rembourrage afin de garantir l’épaisseur et le confort du matelas. Son intervention permettait ainsi aux familles de conserver leur literie plutôt que de la remplacer.
Cette activité demandait de la patience, de la précision et une véritable maîtrise des gestes. Elle s’inscrivait dans un mode de vie où réparer et entretenir les objets constituait une habitude, tandis que les artisans de proximité occupaient une place importante dans le quotidien des familles algériennes.
Le cardage, un geste emblématique
Parmi les principales étapes de ce travail figurait le cardage, une opération qui consistait à démêler et à aérer les fibres de laine compactées par le temps et l’usage. À l’aide d’une carde munie de fines pointes métalliques, le matelassier redonnait du gonflant à la matière avant de la réintroduire dans le matelas. Cette opération se déroulait généralement dans les cours et les jardins des maisons, notamment à l’arrivée du printemps, lorsque les conditions permettaient de travailler à l’extérieur. Le bruit caractéristique de l’outil, la laine étalée et les gestes répétés de l’artisan composaient alors une scène familière au sein de nombreux foyers.
Aujourd’hui, ces gestes appartiennent largement aux souvenirs des générations qui ont connu cette pratique. Derrière ce métier devenu rare se dessine une page de la mémoire sociale algérienne, celle d’un artisanat discret qui témoigne d’un autre rapport aux objets, fondé sur leur entretien, leur réparation et la transmission des savoir-faire.
Par : Sana A.K










