Depuis l’ouverture, le public répond massivement présent, faisant de cette édition l’un des grands rendez-vous culturels de l’année.
Le livre n’a manifestement rien perdu de son pouvoir d’attraction. À la 29e édition du Salon international du livre d’Alger, la forte affluence observée depuis l’ouverture en apporte une nouvelle démonstration. Des milliers de visiteurs investissent quotidiennement les espaces de la Safex, où les stands les plus fréquentés connaissent une activité intense. Loin d’être un simple rendez-vous pour professionnels de l’édition, le SILA confirme sa dimension populaire, porté par un public qui continue de se déplacer en masse pour acheter, découvrir et rencontrer les auteurs. Loin de se limiter à une sortie culturelle, la visite devient pour beaucoup l’occasion de renouveler leur bibliothèque, de découvrir des auteurs ou de retrouver des œuvres longtemps recherchées.
Ce qui frappe d’abord, c’est la diversité des motivations. Les uns se dirigent vers les ouvrages universitaires et spécialisés, les autres privilégient les romans, les essais ou les livres destinés aux enfants. Certains visiteurs connaissent déjà les rayons qu’ils souhaitent explorer, tandis que d’autres se laissent guider par les couvertures, les recommandations et les découvertes faites au fil de leur déambulation. Dans cette circulation permanente, le salon révèle un lectorat aux attentes multiples, mais animé par une même envie de retrouver le livre dans sa matérialité, de le feuilleter et de choisir son prochain ouvrage.
A la rencontre des écrivains
L’affluence prend une autre dimension devant les stands où sont annoncées les séances de dédicaces. La venue de Yasmina Khadra, invité d’honneur de cette édition, figure parmi les rendez-vous les plus attendus. Après plusieurs années d’absence, le romancier retrouve le public du SILA, où ses lecteurs sont particulièrement nombreux. Sa présence donne une visibilité supplémentaire à cette édition et rappelle l’attachement du lectorat algérien à un écrivain dont les romans ont largement dépassé les frontières nationales. Les rencontres avec les auteurs deviennent ainsi l’un des moteurs de la fréquentation, transformant certains espaces d’exposition en lieux de rassemblement.
D’autres écrivains attirent également les amateurs de littérature. Anouar Benmalek est venu présenter « Irina, un opéra russe » au stand des éditions Dalimen, qui a également accueilli Faïza Guène pour une séance de dédicaces autour de son ouvrage « Salam manifesto ». Chez Dar El Hikma, Benjamin Stora a rencontré ses lecteurs autour de « Un historien et des images, l’Algérie en guerre 1954-1962 ». Waciny Laredj, Mustapha Chérif, Mohamed Magani, Amara Lakhous et Habib Tengour figurent également parmi les auteurs et intellectuels présents à cette édition.
Le rayonnement international du salon se traduit aussi par la participation de grandes figures de la littérature et de la pensée. Le poète syrien Adonis, considéré comme l’une des voix majeures de la poésie arabe contemporaine, compte parmi les invités, aux côtés d’Amin Maalouf, écrivain et académicien franco-libanais. L’écrivain et biographe américain John W. Kiser, connu notamment pour ses travaux consacrés à l’Émir Abdelkader et au dialogue interculturel, figure également au programme.
Les maisons d’édition nationales occupent également une place importante dans cette édition, avec un programme de rencontres et de dédicaces réunissant des auteurs de différents horizons. Les éditions Barzakh comptent notamment parmi les auteurs associés à cette programmation Maïssa Bey, Rachida Brakni, Inaam Bioud, Saïd Djaafer, Ryad Girod, Rym Khelil, Noureddine Melikechi et Samira Negrouche, ainsi que plusieurs autres écrivains, chercheurs et essayistes.
Casbah éditions propose également une programmation autour de plumes telles qu’Akli Ourad, Arezki Metref, Meriem Guemache, Nora Aceval et Halima Guerroumi. L’Office des publications universitaires (OPU) associe pour sa part plusieurs auteurs et chercheurs à cette édition, dont le professeur Abdelkrim Tafargnit, spécialiste des sciences de l’information et de la communication. Cette présence d’auteurs venus d’horizons différents confirme la vocation du SILA à faire dialoguer les littératures et les courants de pensée. Cette diversité se retrouve dans la programmation culturelle. Une rencontre en hommage à Yamina Mechakra est notamment prévue au stand de l’ENAG, au pavillon Palestine, autour de son roman « La Grotte éclatée », publié pour la première fois en 1979.
Les classiques font recette
Le retour de plusieurs éditeurs français, notamment Gallimard, Flammarion et Actes Sud, a suscité un intérêt manifeste. Les visiteurs ne se sont pas uniquement tournés vers les dernières parutions. Les grands classiques occupent une place de choix dans leurs recherches, avec une demande soutenue pour les œuvres de Dostoïevski et Tolstoï, mais aussi celles de Victor Hugo, Cervantes, Flaubert, Maupassant, Rousseau, Steinbeck et Faulkner. Certains titres ont même disparu des rayons dès les deux premières journées, à l’image de « Crime et châtiment », du « Bruit et la Fureur » et de « Sanctuaire ». Cette demande montre que les lecteurs profitent aussi du salon pour retrouver des textes incontournables, parfois difficiles à dénicher en librairie.
L’ouverture internationale du SILA se manifeste aussi à travers les initiatives culturelles des pays participants. Parmi eux, a République tchèque participe également à cette édition avec un programme associant expositions, débats, rencontres littéraires et projections. Une exposition consacrée à Franz Kafka, intitulée « Un homme de son temps et de notre temps », est ainsi installée à l’entrée de la Safex jusqu’au 7 novembre.
Place aux jeunes !
La place accordée aux jeunes auteurs constitue un autre aspect de cette édition. De nouvelles plumes, particulièrement féminines, viennent enrichir la production littéraire présentée au public. Leurs romans puisent dans les expériences individuelles et collectives, abordant les tensions sociales, les fragilités, les joies et les difficultés du quotidien. Cette présence témoigne d’un renouvellement des voix littéraires et d’une volonté de raconter une société en mouvement, à travers des écritures et des sensibilités différentes.
Un espace agrandi pour accueillir le public
Cette fréquentation importante intervient dans un contexte où les capacités d’accueil ont été renforcées. L’ouverture du pavillon Palestine, qui offre plus de 33 000 m² supplémentaires, porte la superficie globale d’exposition à plus de 45 500 m². L’élargissement des espaces et des couloirs facilite les déplacements, même lorsque les visiteurs sont nombreux. Le nouveau bâtiment accueille une partie importante des stands, mais aussi les rencontres intellectuelles et les séances de dédicaces. Cette extension répond ainsi à la nécessité d’accompagner la croissance d’un salon qui réunit cette année 1 567 éditeurs de 51 pays, dont 350 exposants algériens, 554 arabes et 663 venus du reste du monde.
En vingt-neuf éditions, le SILA a progressivement acquis une dimension qui dépasse largement le marché du livre. Il est devenu un lieu de rencontres entre les cultures éditoriales, les écrivains et leurs lecteurs, mais aussi un rendez-vous attendu par un public qui y trouve une offre rarement réunie en un seul espace.
Jusqu’au 7 novembre, la Safex restera ainsi le point de convergence de milliers de visiteurs. Leur présence apporte une réponse concrète à une question souvent posée sur les habitudes culturelles : le livre continue de susciter la curiosité, de mobiliser les lecteurs et de trouver sa place dans la vie quotidienne.
Par : Aly D










