La décision d’encadrer le prix de la pomme de terre de consommation entre 80 et 90 dinars le kilogramme devait soulager les ménages. Pourtant, sur le terrain, cette mesure a rapidement placé les commerçants de détail au cœur d’une équation économique intenable. Systématiquement pointés du doigt par l’opinion publique et ciblés par les inspections, les revendeurs ne sont-ils pas, eux aussi, les victimes collatérales d’un dysfonctionnement situé bien plus haut dans la chaîne de distribution ?
Au centre du problème se trouvent les conditions d’approvisionnement au niveau des mandataires et des marchés de gros. Acheter le kilogramme à 80 dinars pour le recéder au plafond réglementaire de 90 dinars, ne laisse aux détaillants qu’une marge brute de 10 dinars, censée éponger le transport, la sacherie et la casse. Or, au déballage des caisses, la réalité du terrain transforme ce calcul théorique en perte sèche : les commerçants reçoivent des marchandises surchargées de terre pour en gonfler le poids, truffées de tubercules minuscules ou en état de décomposition avancée.
Pour proposer un produit présentable sur leurs étals, les marchands se voient contraints d’effectuer un tri drastique, jetant parfois jusqu’à la moitié du volume acheté. Le coût de revient de la marchandise réellement vendable explose alors immédiatement. Dans ces conditions, revendre au tarif officiel devient économiquement suicidaire, tandis que compenser les pertes en ajustant le prix, expose directement le commerçant aux lourdes sanctions de la répression des fraudes.
Pris en étau entre la grogne des clients, l’intransigeance des contrôles et les abus en amont, les détaillants réagissent en ordre dispersé. Certains choisissent de ne plus s’approvisionner du tout, entraînant la disparition du produit des étalages, tandis que d’autres prennent le risque d’outrepasser le plafond pour maintenir une qualité décente, ce qui explique pourquoi une pomme de terre consommable est aujourd’hui proposée jusqu’à 130 dinars sur certains marchés.
Une lueur d’espoir se dessine néanmoins à court terme : le lancement imminent, dès la mi-novembre, de la récolte d’arrière-saison dans la wilaya d’Oued Souf. L’arrivée massive de ces nouvelles quantités sur le marché permettra-t-elle enfin de détendre les tensions d’approvisionnement et d’offrir un répit équitable à toute la filière ?
Par : Amina A.









