Face à la hausse des prix des produits de large consommation, notamment agricoles, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné la mise en œuvre de sept mesures visant à réguler le marché et à préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Annoncées à l’issue du Conseil des ministres tenu dimanche soir, ces dispositions prévoient un encadrement des intermédiaires, une régulation des marges bénéficiaires, un renforcement des contrôles et la création d’un système numérique de surveillance des prix.
Ces décisions interviennent dans un contexte marqué par le renchérissement de plusieurs produits alimentaires, dont les viandes, les pommes de terre, les tomates, les bananes et les pommes. Selon le dernier bulletin de l’Office national des statistiques (ONS), les prix des produits frais ont augmenté de 4,7 % en août 2026, principalement sous l’effet de la hausse de la viande de poulet (+40,5 %) et des fruits (+22,8 %). Sur un an, la variation des prix à la consommation a atteint 8,3 %, tandis que le rythme annuel de l’inflation s’est établi à 3,9 %.
Les intermédiaires et les importateurs sous surveillance
La première mesure prévoit l’élaboration d’un texte destiné à encadrer strictement les intermédiaires entre producteurs et consommateurs. L’objectif est de limiter les pratiques qui accentuent les écarts entre les prix payés aux agriculteurs et ceux pratiqués sur les marchés.
Lors de sa récente rencontre avec les représentants des médias nationaux, Tebboune avait notamment cité le cas de la tomate, achetée à l’agriculteur à 20 DA le kilogramme puis revendue à 140 DA, pour illustrer les dérives des circuits de commercialisation.
Le Premier ministre a également été chargé d’ouvrir immédiatement une enquête sur les pratiques de certains importateurs de viandes, soupçonnés de favoriser la monopolisation et la hausse des prix. Les investigations porteront aussi sur les bouchers qui commercialisent les viandes importées aux tarifs de la viande locale, ainsi que sur les écarts de prix constatés entre les wilayas et les quartiers.
Réguler les prix et gérer les excédents agricoles
Le troisième volet du dispositif concerne la gestion des surplus de production locale. Le ministère de l’Intérieur, en coordination avec les walis, devra mettre en place un mécanisme d’achat et de stockage des excédents, afin de les remettre sur le marché dès les premiers signes de fluctuation des prix. Cette intervention vise à mieux équilibrer l’offre et la demande et à limiter les variations susceptibles de pénaliser les producteurs comme les consommateurs.
Parallèlement, le ministère du Commerce intérieur devra élaborer un dispositif de plafonnement des prix et d’encadrement des marges bénéficiaires pour plusieurs produits de large consommation, notamment les légumes, les légumineuses, les pâtes alimentaires et les viandes. Les différentes étapes de production et de commercialisation devront être prises en compte dans la fixation des plafonds.
Des contrôles quotidiens et un suivi numérique
Pour assurer l’application de ces mesures, les directeurs du commerce, sous la responsabilité des walis, seront chargés de suivre quotidiennement les prix au niveau local. Les brigades de contrôle relevant du ministère du Commerce intérieur seront également renforcées et devront effectuer des opérations quotidiennes sur le terrain tout au long de l’année.
La dernière mesure prévoit la création d’une base de données numérique consacrée au suivi des prix. Le ministère de l’Intérieur, celui du Commerce intérieur et le Haut-Commissariat à la numérisation devront coordonner leurs efforts pour mettre en place cet outil, qui intégrera un mécanisme d’alerte destiné à détecter rapidement les hausses anormales et à permettre une intervention des services compétents.
À travers ces sept mesures, les autorités entendent agir sur les différents maillons de la chaîne commerciale, renforcer la surveillance du marché et lutter contre les pratiques spéculatives. Le défi reste désormais de traduire ces décisions en résultats concrets pour contenir la hausse des prix et préserver le pouvoir d’achat des ménages.
Par : S.A.B.











