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      La copropriété : Le vivre-ensemble à l’épreuve

      aly D by aly D
      19 octobre 2026
      in National
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      Les immeubles se dégradent au fil des négligences, des dépenses contestées et des problèmes que chacun préfère laisser à la charge d’un autre.

      Derrière les portes des appartements, souvent soigneusement entretenus, les espaces partagés sont parfois les grands oubliés. Faute d’organisation collective, chacun semble considérer que leur entretien relève de la responsabilité d’un autre.

      Il suffit de franchir la porte de certains immeubles pour mesurer le décalage entre le soin apporté aux logements privés et l’état des lieux partagés. Escaliers poussiéreux, murs défraîchis, ampoules hors service, rampes absentes ou détritus abandonnés dans les recoins : les parties communes donnent parfois le sentiment d’être des espaces sans propriétaire, alors qu’elles appartiennent à tous. Le manque d’entretien favorise aussi la prolifération de nuisibles et rend les déplacements quotidiens désagréables.

      Cette situation ne concerne pas uniquement les immeubles anciens ou les quartiers populaires. Dans les centres-villes, certains bâtiments accueillent des cabinets médicaux, des études notariales, des bureaux d’avocats ou des commerces. À Annaba, plusieurs immeubles illustrent ce paradoxe : derrière les portes d’appartements impeccablement entretenus, les visiteurs traversent des escaliers étroits, mal éclairés et parfois particulièrement sales. La négligence s’impose ainsi aux habitants comme aux patients et aux clients de ces professionnels.

      Certains occupants font appel à des femmes de ménage, mais les efforts sont souvent de courte durée. « La propreté n’est pas un élément important pour certains. Dès que la femme de ménage a fini de nettoyer, une autre couche de saleté se dépose. Il est impossible de garder ces lieux propres plus de vingt-quatre heures », constate une employée d’une étude notariale du centre-ville.

      Un emballage abandonné, un sac-poubelle déposé trop tôt ou des déchets laissés dans un escalier suffisent à défaire le travail accompli. Sans discipline partagée, le nettoyage devient une dépense répétitive dont les effets disparaissent rapidement.

      Charges communes et responsabilités individuelles

      La copropriété repose sur un principe simple : les parties communes appartiennent à l’ensemble des copropriétaires, qui doivent contribuer à leur entretien. Dans la pratique, cette responsabilité collective se heurte à des habitudes tenaces. Certains occupants semblent considérer que les escaliers, les couloirs, les ascenseurs ou les façades relèvent des pouvoirs publics, comme si leur responsabilité s’arrêtait au seuil de leur appartement.

      Pourtant, certaines résidences montrent qu’une organisation collective est possible. Dans la promotion Bentrad, à Bougantas, les charges s’élèvent à 2 500 DA par mois. Un syndic est en place, les résidents se réunissent régulièrement et les sommes collectées servent à 2 femmes de ménage et 3 gardiens déclarés, mais aussi à financer diverses réparations.

      Malgré cette organisation, certains occupants refusent toujours de payer leur contribution, faisant peser sur les autres le poids des dépenses communes. L’existence d’un syndic et de services assurés ne suffit donc pas à faire accepter à tous le principe d’une responsabilité financière partagée. Le paiement des charges devient alors une source de tensions.

      Ceux qui contribuent à l’entretien ont le sentiment de financer des services dont profitent les autres. Lorsque les comptes manquent de transparence ou que personne ne coordonne les interventions, les désaccords compromettent les initiatives collectives. Une ampoule grillée, une fuite d’eau ou une serrure défectueuse attendent parfois qu’un voisin, le propriétaire ou le syndic prenne l’initiative, tandis que les dégradations s’aggravent.

      Les façades témoignent également de cette difficulté à définir des règles communes. Réservoirs d’eau installés de manière anarchique, climatiseurs posés sans souci d’harmonie ou modifications effectuées sans concertation transforment progressivement l’aspect des bâtiments. À Annaba comme ailleurs, certains immeubles présentent une juxtaposition d’installations individuelles, chaque occupant aménageant son espace sans tenir compte de l’ensemble.

      Du bruit aux conflits de palier

      La vie en immeuble ne se résume pas à la propreté des escaliers. La proximité oblige aussi à composer avec les habitudes de chacun. Musique à volume élevé, télévision tard dans la nuit, travaux à des horaires inadaptés ou rassemblements dans les couloirs peuvent perturber le quotidien. À ces nuisances s’ajoutent les désaccords liés au stationnement, à l’encombrement des paliers et au fonctionnement des ascenseurs.

      Ces conflits ont une particularité : ils opposent des personnes qui continueront à se croiser chaque jour. Une dispute à propos d’un bruit nocturne peut se transformer en hostilité durable. Les échanges se limitent alors aux reproches, et les discussions collectives deviennent difficiles, même lorsqu’il s’agit de résoudre un problème qui concerne tout le bâtiment.

      La porte d’entrée est un autre sujet de discorde : certains la laissent ouverte pour faciliter les allées et venues, quand d’autres redoutent les intrusions. Faute d’accord, une question élémentaire de sécurité devient une source récurrente de tensions. Les pannes d’ascenseur révèlent, elles aussi, les limites d’une absence de gestion. Les habitants des étages supérieurs, notamment les personnes âgées ou à mobilité réduite, en subissent directement les conséquences. Les désaccords sur le financement des réparations et les retards d’intervention peuvent prolonger la panne, transformant un incident technique en problème collectif. Pour Hamid B, « On paie pour réparer l’ascenseur, mais après personne n’en prend soin. Certains les utilisent pour monter des charges trop lourdes comme les gravats des rénovations, les meubles ou tout autres objets. Alors oui c’est vrai, à présent je refuse de payer pour que d’autres saccagent.»

      Des arrangements fragiles

      Face à ces difficultés, certains habitants tentent de sortir de la logique du chacun pour soi. Ils se concertent pour organiser le nettoyage, répartir les dépenses, signaler les dégradations ou faire intervenir un technicien. Une discussion entre résidents permet parfois de fixer des règles sur les horaires de travaux, le dépôt des déchets ou la fermeture de la porte d’entrée.

      Ces arrangements restent fragiles lorsqu’ils reposent sur une seule personne, souvent la plus disponible ou la plus soucieuse de l’état des lieux. Si elle se décourage de rappeler constamment les mêmes consignes, l’organisation peut disparaître. La participation doit donc être suffisamment large pour éviter que l’entretien ne devienne la responsabilité officieuse de quelques voisins.

      Un immeuble bien entretenu profite pourtant à tous, en matière de confort, de sécurité et de valeur des logements. À l’inverse, la dégradation des espaces collectifs finit par toucher jusqu’à ceux qui s’en désintéressent. La difficulté de la copropriété tient moins à la diversité des habitants qu’à l’absence de règles reconnues et de responsabilités clairement assumées.

      Ne pas encombrer un palier, refermer une porte, respecter le repos des voisins et contribuer à l’entretien des espaces partagés peuvent sembler des gestes ordinaires. Ils rappellent pourtant qu’habiter un immeuble ne consiste pas seulement à disposer d’un logement, mais aussi à prendre sa part dans la vie collective.

      Par : Aly D

       

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